L'homme et l'hirondelle

(Charles Pesselier)

 

Au retour du printemps, la volage hirondelle,

A coups de bec et sans truelle,

Spectacle que l'on voit trop indifféremment,

Avec une adresse infinie,

Se bâtissait un logement

chez un bourgeois dont la manie

Etait aussi le bâtiment.

 

 

"De cet oiseau, dit-il, j'admire l'industrie ;

Mais à quoi bon bâtir aussi solidement,

Quand on n'est pas dans sa patrie,

Et que l'on est sujet au déménagement ?

Pauvre animal, hélas ! Tu prends bien de la peine

Pour rester ici quelques mois :

As-tu donc oublié que la saison prochaine

T'obligera d'aller en des pays moins froids ?

Tu laisseras alors ta demeure déserte ;

Les nids les plus jolis deviendront superflus :

De tes soins et du temps pour épargner la perte,

Tu devrais camper et rien plus.

- Moi-même, à mon tour, je t'admire,

Dit l'hirondelle au bâtisseur :

Dans ce vaste édifice où ton orgueil se mire,

Je vois déjà ton successeur,

Qui, subissant la loi suprême,

Le laissera bientôt lui-même

A quelque nouveau possesseur.

Si je suis folle, ami, tu n'es guère plus sage,

Puisque tu bâtis sans songer

Que l'homme est sur la terre un oiseau de passage,

Qu'on peut à chaque instant faire déménager.

 

"La Cigogne et le Renard et les autres"