Les séismes en Inde

 

Les risques sismiques en Inde

 

L'Inde figure au deuxième rang des pays du monde les plus exposés aux catastrophes ; chaque année, les seules inondations saisonnières affectent des millions d'habitants. Ce pays est aussi durement éprouvé par des tremblements de terre. 180.000 morts en 873 ; 300.000 à Calcutta en 1737 ; 3.000 au Cachemire en 1885 ; 1.500 dans la région de l'Assam en 1897 (magnitude 8,0) ; 20.000 à Kangra en 1905 (magnitude 8,6) ; 10.700 en 1934 (magnitude 8,4) ; 30.000 à Quetta en 1935 (magnitude 7,5) ; 1.526 dans la région de l'Assam en 1950 (magnitude 8,6) ; 213 à Gilgit au Cachemire le 12 septembre 1981 (magnitude 5,9) ; 1.500 à 2.000 morts et 1.383 blessés dans le Nord de l'Inde le 19 octobre 1991 (magnitude 7) ; 9.748 morts, plus de 15.000 blessés et 30.000 sans abri à Khillari dans le sud le 29 septembre 1993 (magnitude 6,3) ; environ 40 morts, 1.000 à 1.500 blessés et 30.000 sans abris dans le sud de l'Inde le 21 mai 1997 (magnitude 5,6) ; une centaine de morts et plus de 100.000 sans abri en avril 1999 (magnitude 6,8)... Mais parmi les pires catastrophes, il y a le séisme de 2001.

 

En Inde, les séismes se déroulent habituellement dans le nord du pays, au niveau de l’Himalaya, là où se rencontrent les plaques indienne et eurasienne. La déformation de cette zone himalayenne est importante, la plaque Indienne se rapproche de la plaque Eurasienne à la vitesse de 4,2 cm par an. Pour comparaison, la plaque africaine remonte vers la plaque eurasienne à la vitesse de 0,7 cm par an.

 

 

 

Au sud de cette zone himalayenne, la plaque Indienne est constituée de roches âgées de plusieurs milliards d’années, roches parmi les plus anciennes de la planète (craton indien). La sismicité de ce craton est plus faible que celle de la zone himalayenne, et plus généralement de celle du Japon ou de la Californie. Quelques gros séismes destructeurs, de magnitude comprise entre 6 et 8, se sont néanmoins produits dans la péninsule Indienne, en particulier le long de la côte occidentale (Bombay en 1618, Kutch en 1819, Bellary en 1843, Paliyad en 1938, Anjar en 1956, Ratnagiri en 1962, Koyna en 1967 et Govari en 1969).

Le séisme du 26 janvier 2001 s’est produit dans une région qui avait déjà été dévastée en 1819 par le séisme de Kutch : la surprise liée à la survenue de ce séisme dans cette région du monde est donc relative. Ce séisme, situé à 200 km de la frontière entre les plaques indienne et eurasienne, est typique des séismes « intraplaques » : séismes se produisant à l’intérieur des plaques.

Une étude menée par l’IPSN  montre que des séismes de forte magnitude peuvent se produire loin des limites de plaques (170 à 3000 km) à l’intérieur même de zones réputées stables (boucliers anciens, chaînes de montagnes anciennes…). Elle identifie une trentaine de séismes de ce type dans le monde, de magnitude supérieure à 6,5, dont deux dans la péninsule indienne : séisme de Koyna en 1967 et celui de Kutch en 1819. 

Le fait que des séismes puissent survenir dans des zones réputées calmes sismiquement (sismicité connue très faible) a conduit à l’adoption d’un niveau sismique minimal à prendre en compte pour la conception des installations nucléaires françaises. 

 

Le séisme de Kutch en 1819

 

Tout comme le séisme du 26 janvier 2001, le séisme de Kutch (1819) a eu lieu à 175 km au sud de la frontière des plaques eurasienne et indienne qui donne naissance à l’Himalaya .

La faille activée lors de ce séisme a atteint la surface  : un escarpement de 6 à 9 m de haut et 60 à 70 km de long, nommé par les autochtones "Allah Bund" (barrage, ou Mur de Dieu), a décalé la surface des marais du Kachchh ("Rann of Kachchh"). La région au nord de cet escarpement a été soulevée et basculée vers le nord, alors que le sud était abaissé et inondé. La région soulevée s'étendait probablement plus loin vers l'est que la trace cartographique du Mur de Dieu, ce qui suggère une rupture en partie aveugle (n'atteignant la surface que sur une partie de sa longueur). Il s'agit d'une des premières descriptions de décalage co-sismique sur une faille.

Le séisme de 1819 a été suivi de répliques ressenties par la population jusqu’à la fin novembre 1819, soit cinq mois après la secousse principale. Les dégâts ont été considérables.

Le séisme de 1819 s'est produit sur une faille chevauchante, avec une rupture de surface d'au moins 60 km de long et 6 à 9 m de décalage vertical ("Allah Bund"), probablement 90 km ou plus si l'on tient compte du prolongement aveugle vers l'est de la rupture de surface. Le séisme de Janvier 2001 a très probablement rompu une autre faille, située plus au SE, au front et sous les montagnes situées au sud du "Rann of Kachchh".

 

Séisme du vendredi 26 janvier 2001

 

L'Inde a été frappé par un violent séisme vendredi 26 janvier 2001 à 8 h 46 heure locale (3 h 16 GMT). Cette secousse a duré une trentaine de secondes à 45 secondes, et aurait eu une magnitude de 6,9 (d'après le département de sismologie de New Delhi) à 7,8 d'après des instituts chinois et américains) sur l'échelle de Richter. On évalue à 18 le nombre de séismes de cette puissance se produisant chaque année dans le monde. Le dernier séisme de cette magnitude dans cette région s'est produit en 1819.

Son épicentre est situé dans l'Etat de Gurajat (ouest de l’Inde) près de la ville de Bhuj dans le golfe de Kachchh, marais salé situé dans la partie méridionale de la frontière indo-pakistanaise : latitude 23,40 N, longitude 70,32 E. L'Etat de Gurajat est le deuxième état le plus industrialisé en Inde. Les industries essentielles sont le coton, les industries de la soie et les industries chimiques. Ce séisme s'est produit dans la partie Est du Kutch à environ 100 km du séisme du 16 Juin 1819. La magnitude de ces deux séismes a été du même ordre.

Le séisme a été engendré par un mouvement vertical de la faille (mécanisme en chevauchement). Il s’agit d’un séisme superficiel : l'essentiel du mouvement de la faille s'est produit sur une profondeur de 17 km, sur une longueur d’environ 150 km. Le foyer a été localisé à 23,6 km de profondeur. Ce séisme à 200 km des frontières des plaques tectoniques, au sein de la plaque indienne : le séisme de Bhuj est un séisme intraplaque typique. La faille responsable est a priori lente (vitesse moyenne beaucoup plus faible qu'au front de l'Himalaya) et les temps de retour sur la même faille sont sans doute très longs (plusieurs dizaines de milliers d'années ?).

 

Plus de 230 répliques - dont une a 5,9 sur l'échelle de Richter - ont continué à semer la panique. 

 

Les secousses ont été ressenties à des milliers de kilomètres, à travers tout le sous-continent, touchant aussi le Pakistan, le Népal, le Bengladesh. 

Ce tremblement de terre, d'une intensité inégalée depuis 50 ans, est le plus violent à avoir touché l'Inde, connue comme une zone à risque, depuis 1956.

 

En quelques secondes, plusieurs centaines d'immeubles et de maisons se sont écroulés sur leurs habitants à travers l'Etat de Gujarat. Cet Etat déplore des dizaines de milliers de morts (environ 20.000) et des centaines de milliers de blessés et de sans-abris. 

Bhuj, la ville où est situé l'épicentre du tremblement de terre, a pratiquement été entièrement détruite. Dans cette seule ville de Bhuj, on dénombrerait un millier de victimes. On parle de 150 morts ensevelis sous un seul bâtiment. Les habitants du Gujarat ont reçu la consigne de ne pas regagner leurs habitations, dont beaucoup tiennent en équilibre ou sont largement fissurées. Les experts redoutent en effet des répliques dans les jours à venir, quasi assurées vu l'ampleur de la première secousse. Des milliers de survivants fuient la ville de crainte de nouvelles répliques et des pillages.

Routes éventrées, immeubles en miettes, brancards ensanglantés, survivants désespérés à la recherche de leurs proches... « Dès que nous avons senti la terre trembler, nous avons couru dans l'escalier pour sortir. L'immeuble est tombé juste derrière nous », raconte un homme, sa petite fille en pleurs dans les bras. « J'ai cru que la terre allait s'ouvrir sous nos pieds et nous aspirer » témoigne une vieille femme bouleversée. « Ca fait cinq heures que nous attendons, des policiers sont venus et nous ont promis d'envoyer de l'aide, mais personne n'est arrivé. Il faut faire quelque chose, il y a des tas de gens coincés là-dessous ! », crie un jeune homme en désignant un tas de gravats où une cinquantaine de personnes tentent de dégager les blessés.

Dans la capitale, New Delhi, la terre a tremblé quelques minutes avant le début du traditionnel défilé militaire qui marque l'anniversaire de la République.

A travers le pays, on signale aussi des déraillements de trains, des affaissements de terrain, des ruptures de canalisations et des coupures de lignes électriques ou de téléphone.

A plus de 2.000 kilomètres de l'épicentre, les gens sont sortis en courant de leurs maisons tellement la secousse était violente. Quatre personnes sont même mortes dans l'effondrement d'un immeuble au sud du Pakistan. 

 

Le bilan humain a été alourdi par la corruption dans le secteur du bâtiment. La presse indienne a mis en cause les constructions inadéquates et les lacunes des plans d'urbanisme. Des dizaines de milliers de victimes ont été tuées à la suite de l'effondrement de bâtiments.

Le pays a également souffert du manque d'équipement des secours, malgré le dévouement des volontaires et la mobilisation de l'armée. Les secouristes n'en finissent pas d'essayer de dégager les décombres, la plupart du temps à mains nues, pour retrouver d'éventuels survivants... 

De nombreuses ONG expédient des équipes de secours sur place. Le gouvernement a demandé un prêt de 1,5 milliard de dollars à la Banque mondiale et à la Banque asiatique de développement pour l'aider à faire face au séisme. 

Parmi les nombreuses actions des ONG, la Fédération International des Sociétés de Croix-Rouge a lancé un appel de 2 millions de francs suisse. Cet appel est relayé par la Croix-Rouge Française, dont les équipes sont à l'œuvre au Salvador.

 

Au lendemain du séisme, les autorités indiennes estiment que le séisme a fait plus de 30.000 morts, toujours difficiles à évaluer. Le gouvernement indien a mobilisé des personnels médicaux et des militaires, ainsi que les sociétés de transports. En France, la Fondation de France a proposé aux acteurs susceptibles d'apporter une aide de se réunir de façon informelle pour échanger leurs informations sur la situation dans le pays, sur les dispositions prises et sur l'évolution des besoins locaux. La réunion s'est tenue en présence de Mme Nisha Bathia, Première Secrétaire de l'Ambassade de l'Inde en France. Air India a proposé le transport gratuit des marchandises, après accord préalable de l'Ambassade de l'Inde. Des visas pour un mois ont été fournis gratuitement pour le personnel des organisations internationales. Il n'y a pas de droits de douane sur le matériel importé. Mme Nisha Bathia fait l'état des lieux des besoins actuels : Besoins en savoir-faire, en expertise et en équipements pour la démolition des bâtiments qui peuvent encore s'écrouler à tout moment ; besoins en matériel de forage et de purification de l'eau ; besoins de tentes, de couvertures et d'abris temporaires ; besoins d'expertise et d'équipement en appareillage pour les personnes amputées. Il n'y a plus de besoin ni en personnel médical, ni en secouristes, ni en maîtres-chiens, ni en sauveteurs, ni en aide alimentaire ou médicale. Mme Pujolle (MAE / Cab. Coop) annonce le retour des postes médicaux de la sécurité civile française, la prise en main par les autorités indiennes du dispositif d'intervention sur place, l'établissement des cellules envisagées par M. l'Ambassadeur. En phase de post-urgence, Mme Pujolle confirme que les besoins sont : des abris temporaires, l'aide à la réhabilitation de structures communautaires, à la reconstruction d'habitat individuel et collectif et au soutien psycho-social. Le gouvernement français annonce une aide essentiellement bilatérale dans des domaines techniques sur la surveillance des activités sismiques et les problèmes de circulation de l'eau. Il affiche le souci d'offrir une aide à l'échelle des besoins. L'aide des ONG n'est pas une priorité et se fera proportionnellement à leur engagement sur fonds propres. Le gouvernement français ne souhaite pas demander aux ONG d'être les opérateurs de la coopération française et souligne que la demande des autorités indiennes est avant tout en apport de compétences très spécifiques. Il n'y a pas à ce jour d'arbitrage gouvernemental sur l'enveloppe de cofinancement, mais plutôt une volonté d'accompagner l'effort de la Task Force, notamment s'il existe un " programme mobilisateur ". Les petites et moyennes ONG ont des difficultés pour mobiliser des fonds propres, notamment pour des projets de réhabilitation et de reconstruction qui coûtent cher. Le besoin du soutien des partenaires financiers institutionnels est réel. 

Beaucoup d'acteurs souhaitent intervenir en post-urgence : Acteurs de solidarité, Architecture et développement, Association Internationale des urbanistes, Association des Maires de France, Aquatechnique, Atlas Logistique, BRGM, CARE France, CCFD, Enfants du Monde - Droits de l'Homme, Gaz de France, Glob'actions (regroupement de 7 ONG), Première Urgence, Secours catholique, Secours Populaire Français, Société Algeco, etc. 

 

Un an après le séisme, en janvier 2002, la Croix-Rouge met l'accent sur la préparation aux catastrophes. La Croix-Rouge de l'Inde est activement engagée dans la mise en place d'un réseau national de préparation aux catastrophes, afin d'améliorer sa capacité à faire face à de futures tragédies à grande échelle. Dans l'État sinistré, la Croix-Rouge a lancé un programme de relèvement sur trois ans qui comprend la construction d'un hôpital de 200 lits dans la ville de Bhuj et la rénovation de quelque 200 anganwadis (jardins d'enfants) communautaires ainsi que d'autres établissements de santé. Un projet de logements est avancé et plus de 300 petits réservoirs ont été aménagés dans le cadre d'un programme visant à restaurer les systèmes traditionnels de collecte des eaux de pluie. 

L' objectif de la Croix-Rouge ne se limite pas à la reconstruction de l'infrastructure, elle veut aussi renforcer la capacité des communautés vulnérables à faire face à d'autres catastrophes similaires. Dans le Gujarat, on s'emploie à constituer un réseau d'agents de santé communautaires qui auront pour tâche de dispenser aux populations particulièrement menacées une éducation à la santé et des notions de premiers secours. La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et la Croix-Rouge de l'Inde sont par ailleurs associées à la formulation d'un plan national de gestion des catastrophes. Un centre de coordination des opérations de secours est ouvert en mars 2002 au siège de la Société nationale à New Delhi.

La Croix-Rouge a également entrepris de former une unité nationale d'intervention sanitaire d'urgence et d'acheter des stocks d'articles de secours qui seront répartis dans huit entrepôts régionaux. Ce séisme a confirmé combien il est important de consolider simultanément leur capacité d'intervention en cas de catastrophe et celle des communautés locales. Lorsqu'une catastrophe se produit, ce sont les membres de ces dernières qui sont le mieux à même de sauver des vies, en attendant l'arrivée des secours extérieurs. Il est également crucial qu'un éventail aussi large que possible de partenaires intervienne dans les efforts de prévention des catastrophes. Les entreprises, notamment, ont un rôle déterminant à jouer dans ce domaine, ne serait-ce que parce que le mépris des normes de construction peut transformer des immeubles trop élevés en pièges mortels en cas de tremblement de terre.

 

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