| Les séismes en Indonésie | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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L’Indonésie est un pays formé de plus de 13 600 îles, dont près de la moitié sont inhabitées :
Ce
sont des îles volcaniques de moins de 65 millions d'années (ères tertiaires et
quaternaires) ; l’archipel indonésien présente des reliefs très accidentés.
Il y a 85 millions d'années, après la formation de l'océan Indien, la plaque indo-australienne qui porte l'Inde s'est séparée de l'Afrique. Elle a alors "traversé" l'océan en direction du nord à la vitesse de 10 cm/an. Puis, il y a 50 millions d'années, l'Inde est entrée en collision avec l'Eurasie et continue d'exercer ce mouvement au rythme de 5 à 6 cm/an. Cet événement a créé la chaîne himalayenne, les plus hautes montagnes du monde, et aussi fait glisser le bloc Indochine - qui porte l'archipel indonésien - vers le sud-est. Résultat de cet affrontement titanesque, l'Indonésie - 17.000 îles réparties sur 5.000 km de long - est extraordinairement volcanique et très souvent sismique. Actuellement, un mouvement de subduction s'exerce le long de l'île de Sumatra et fait passer la plaque indo-australienne océanique sous la plaque continentale de la Sonde à la vitesse de 4 à 5 cm/an. Soit 5 mètres en cent ans. "Il y a là une énergie phénoménale qui s'accumule lentement. Quand ces 5 mètres se relâchent en quelques minutes, cela provoque un séisme gigantesque" explique Mohamed Chlieh, spécialiste de la tectonique indonésienne, qui collabore au California Institute of Technology (Caltech, Etats-Unis) et à l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP), par exemple celui qui a provoqué la catastrophe sur les côtes de l'océan indien en 2004. En raison de son volcanisme et de sa sismicité exacerbés, l'archipel indonésien et sa région environnante sont étudiés depuis longtemps par des chercheurs de différentes nationalités. Entre 1991 et 2001, l'Union européenne a financé le programme Geodyssea (géodynamique du Sud et du Sud-Est asiatique), qui a permis de réaliser par satellite GPS une étude du déplacement des pays de cette zone, destinée à évaluer le mouvement des plaques. Ces travaux ont permis d'établir que les "contraintes se concentrent sur la faille de Sumatra, celle de Sulawesi et la grande faille des Philippines" (Michel Villeneuve, directeur de recherches au CNRS, laboratoire de géologie de l'université de Provence, à Marseille). Des études de paléosismicité ont aussi été menées à partir de sédiments anciens, indiquant que ces grandes failles rejouent en moyenne tous les 50 à 100 ans. Parallèlement à ces recherches, un réseau sismique télémétré a été installé aux Philippines."Ces stations permanentes sont reliées par satellite à Djakarta et à Manille" ajoute le scientifique. Mais, hélas, ces observatoires concernent essentiellement les séismes localisés sur la terre ferme, et non en mer. "On ne pensait pas, en effet, que le plancher océanique à Sumatra aurait autant de mal à passer sous le bloc de la Sonde." Par ailleurs, des chercheurs de l'IPGP, du Caltech et des scientifiques indonésiens installent 25 stations GPS permanentes sur les îles indonésiennes. Onze ont déjà été placées en 2003 et 2004, et quatre ou cinq autres doivent l'être en 2005, lors d'une mission qui doit débuter à la mi-janvier. Les scientifiques ont aussi étudié les coraux de la région aux rayons X, et les ont datés au strontium/uranium, ce qui leur a permis d'établir que les gros séismes de la région ont lieu tous les 200 ans en moyenne : un séisme de magnitude 8,9 a eu lieu au centre de Sumatra en 1833, et un autre de magnitude 8,5 sur l'île de Nias en 1861. Les deux événements ont provoqué un important tsunami. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Les séismes peuvent provoquer des raz-de-marées = tsunamis (nom tiré du japonais). La série de schémas ci-dessous explique ce qui se passe lors d'un tsunami. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Un séisme provoque un soulèvement du fond sous-marin. Ce soulèvement engendre un gonflement de la surface de l'océan. Ce gonflement donne lieu à une vague de surface qui est à peine perceptible en eau profonde (de quelques centimètres à moins d'un mètre d'amplitude), mais qui s'enfle en eau peu profonde pour atteindre des amplitudes pouvant aller jusqu'à 30 m. La vitesse de propagation de ces vagues est de 500 à 800 km/h en eau profonde, quelques dizaines de km/h en eau peu profonde (< 100 m). Un tsunami initié à 1000 km des côtes viendra frapper ces dernières environ 2 heures plus tard. Le phénomène de la vague déferlante qui balaie tout sur son passage est appelée raz de marée. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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À l'approche de la première vague de tsunami, il se produit d'abord un retrait de la mer (ce qui peut attirer les curieux). Vient ensuite la première vague. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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La vague peut être suivie d'un second retrait, puis d'une autre vague, et ainsi de suite. On compte normalement quelques vagues seulement qui diminuent progressivement en amplitude.
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L’Indonésie est un des pays les plus gravement touchés par les tsunamis, et où le risque est le plus important au monde. Certes, l’aléa n’est pas plus fort qu’au Japon, mais la vulnérabilité des populations y est beaucoup plus importante
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L'île de Flores, comprise entre les latitudes Sud 8°4' et 8° 58', se développe sur 360 km de long ; cette île âgée de moins de 30 millions d'années porte au moins 13 volcans actifs et correspond à une zone de forte activité sismique. Ces activités sont dues à la localisation de l'île, à la fin de l'arc insulaire formé par les îles de Sumatra, de Java, de Bali, de Lombok et de Sumbawa ; cet arc insulaire est lié à une subduction.
Le séisme du 12 décembre 1992, de magnitude 7,5, a provoqué un tsunami, avec des vagues de 26 m de haut. C'est le tsunami qui a été meurtrier (plus de 2.000 morts). Les vagues ont eut des conséquences écologiques : Par l’action mécanique des vagues, la végétation a été détruite et des débris coralliens ont été transportés jusqu’à 200 m de la côte. De plus, l’eau salée a tué tous les arbres ayant résisté au choc mécanique des vagues. On observe aussi le recul de 150 m d’une plage de Flores par glissements répétés sur 2 km de long après une vague de 11 m de haut. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Cette île connaît régulièrement des tremblements de terre, avec des personnes tuées à cause du tsunami qui suit le séisme : 58 morts en 1967, 200 en 1968, 64 en 1969, 8 ou 9 en 1996...
Un tremblement de terre d'une amplitude de 6.3 sur l'échelle de Richter a secoué lundi 29 décembre 2003 la région du Sulawesi Central, sans causer de dégâts. L'épicentre se situait dans la mer de Sulawesi, à 136 km des côtes, au Nord-ouest de la ville de Kotamobagu. Le tremblement de terre a causé des paniques un peu partout sur l'archipel, mais heureusement aucun tsunami n'a été rapporté. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Les séismes sont fréquents et trop souvent meurtriers sur l'île de Sumatra. un séisme de magnitude 8,9 a eu lieu au centre de l'île en 1833, provoquant un important tsunami. "Il y a malheureusement, indique Mohamed Chlieh, un très gros risque de voir se produire à l'avenir un séisme de magnitude 8,7 en plein milieu de Sumatra, à l'endroit où a eu lieu celui de 1833." Ainsi, le 8 octobre 1995, une secousse de 30 secondes, de magnitude 7, a détruit des bâtiments et fait de nombreuses victimes. Puis un tremblement de terre a secoué l'île en février 1994, tuant 180 personnes. En juin 2000, une forte secousse de 7,3 sur l'échelle de Richter a été ressentie jusqu'à Jakarta et Singapour. Plusieurs immeubles se sont effondrés, au moins 100 personnes sont mortes. Plusieurs victimes de ce séisme sont mortes écrasées pendant leur sommeil lorsque leurs maisons se sont écroulées. Un séisme a secoué Sumatra le 4 novembre 2002. Le lendemain, on comptait 42 blessés (mais il n’y a pas de route sur cette île, il est donc très difficile d’atteindre les victimes et d'en connaître le nombre) ; l’agence de météorologie et de géophysique indonésienne parlait d'une magnitude de 5,3 tandis que les scientifiques australiens évaluaient la magnitude à 7,7 et l’Observatoire de Hong Kong + le centre d’étude géologique américain disaient avoir enregistré une magnitude de 7,5. L’épicentre du tremblement de terre a été localisé à environ 35 km au nord de la ville de Singkil, dans une zone inhabitée, sur l’île de Sumatra. Les secousses ont été ressenties jusqu’à 500 km au nord-est de l’épicentre, à Banda Aceh, où la population prise de panique est sortie dans les rues. La province d’Aceh est située à quelque 1 750 km au nord-ouest de Djakarta.
Décembre 2004 est marqué par un très fort séisme au large de Sumatra. Le séisme a eu lieu dimanche 26 décembre à 0 h 58 min 50 s (temps universel) = 6 h 58 min 50 s (heure locale) = 1 h 58 (à Paris).
Où a commencé le séisme ? L'épicentre a été localisé à l'ouest de la côte nord de l'île de Sumatra : 3.298°N, 95.779°E.
D'après l'USGS, le séisme a eu lieu à la frontière entre la plaque indienne et la plaque birmane : la plaque indienne passe sous la plaque birmane (subduction) ; il y a aussi des interactions avec la plaque australienne et avec la plaque eurasiatique : les mouvements sont complexes !
repérer l'épicentre sur le globe terrestre carte montrant les failles, les plaques ("plate" en anglais) et localisant le séisme
Quelles sont les caractéristiques du séisme ? Il s'agit d'un séisme superficiel (profondeur : 10 km).
Ce
séisme de magnitude 8,9 (9,0 d'après l'USGS)
fait partie des "géants" de ces dernières années : A presque 9 sur
l'échelle de Richter, il est 900 fois plus puissant que la bombe de Hiroshima,
mais cent fois moins que le tremblement de terre qui frappa le Chili en 1960. Il
sera suivi de très nombreuses répliques. La durée du séisme
est importante : 3 minutes et 20 secondes de vibration continue dans la région
de l'épicentre. Au niveau de la
faille, la valeur maximale du glissement de la faille vers le sud-ouest est de
20 mètres sur une quarantaine de kilomètres, et de 15 mètres, de façon répartie,
sur plus de 100 km de long. Il y a eu également des mouvements verticaux, qui
ont pu atteindre à certains endroits un ou deux mètres, et des terres se sont
soulevées, notamment dans la région de Siberut, une île à 100 km à l'ouest
de Sumatra. Quel phénomène a été le plus meurtrier ? Le séisme a provoqué des tsunamis meurtriers : Le séisme a soulevé le plancher de l'océan et ébranlé la masse d'eau, provoquant des vagues se déplaçant à 800 km/h, capables de franchir des milliers de kilomètres sans déperdition d'énergie. Des vagues terrifiantes, atteignant parfois dix mètres de hauteur, ont frappé et submergé des milliers de kilomètres de côtes de l'océan indien. Partout, ces vagues ont défoncé des habitations, des hôtels et des commerces, ravagé les ports, coulé des bateaux et détruit des villages de pêcheurs.
Combien y a-t-il eu de victimes ? Aux informations, le nombre de victimes connu s'alourdit de jour en jour, d'heure en heure.
Pays par pays
Ce bilan
était-il évitable ?
Michel Kasser,
directeur de l'Ecole nationale des sciences géographiques, pense que plus de 95
% des victimes auraient pu être évitées si les réseaux d'information
pertinents avaient fonctionné... 1° raison. Si les scientifiques n'arrivent pas encore à prévoir les séismes, les tsunamis sont prévisibles. Les articles sur ce sujet sont nombreux (yahoo 1 ; yahoo 2 )
2° raison. La gravité des dégâts est aussi due à l'action de l'homme sur l'environnement : le tsunami aurait eu des conséquences moins dramatiques si coraux et mangroves avaient été mieux préservés, estime le directeur scientifique de l'Union mondiale pour la nature, Jeff McNeely. Beaucoup de coraux ont disparu et les mangroves ont été supprimées pour laisser la place à l'élevage de crevettes et de langoustines, au tourisme et à l'urbanisation. En Inde et au Sri Lanka, des organisations de protection de la nature mettent en garde depuis des années contre la vulnérabilité accrue des rivages et demandent qu'on arrête de raser les mangroves. Mais il y a beaucoup d'intérêts économiques en jeu...
3° raison. Il semble qu'assez peu d'animaux ont été tué par le tsunami. Des rescapés racontent avoir observé la fuite d'animaux, et avoir été sauvés parce qu'ils ont suivi ces animaux... Le responsable d'un parc naturel du Sri Lanka (Yala) raconte qu'il trouve des corps humains mais non d'animaux. Les immenses vagues ont submergé le parc naturel qui abrite 200 éléphants, des léopards, des sangliers et d'autres animaux rares, les animaux pourraient avoir trouvé refuge sur des hauteurs. Les témoignages recueillis dans la région laissent entendre que les animaux auraient senti arriver la catastrophe naturelle.
Quels sont les
impacts sur les paysages ? Quelles sont les
conséquences géographiques et écologiques ?
" Tous
les séismes changent le paysage. Le séisme est véritablement l'architecte
du paysage. Toutes les montagnes que nous connaissons ont été modelées
par les tremblements de terre", explique Paul Tapponnier, directeur
du laboratoire de tectonique à l'Institut de Physique du Globe (IPG).
On lit
dans le
monde que des rescapés hagards ont décrit des
"paysages de guerre".
"On est sortis sur le balcon, pour
voir quelle journée nous allions avoir, et, soudain, elle était là, en face
de nous, la vague", a raconté une touriste australienne, Raeshell
Tang, à Phuket, une des principales stations touristiques du sud de la Thaïlande.
"Il y avait de nombreux blessés avec des plaies. Du sang
partout", a-t-elle dit à une télévision australienne. "Des
gens étaient accrochés aux arbres, des enfants ont été arrachés des bras de
leurs mères, et ensuite, elles aussi ont été emportées par les flots",
a raconté Jack Allen, un touriste britannique séjournant aussi à Phuket. Paul Tapponnier précise que l'axe de rotation de la Terre, qui n'est pas fixe (de même que
la toupie qui tourne sur elle-même a un axe lui-même animé de mouvements
de rotation) a été ébranlé "de façon infime, comme une
pichenette sur une toupie". On peut aussi citer Ken Hudnut de
l’institut géologique américain (US Geological Survey) : "Nous
pouvons détecter les mouvements très légers de la terre et je pense
qu’elle a vacillé dans son orbite lorsque le tremblement de terre a eu
lieu, en raison de la quantité massive d’énergie dégagée" .
Les écosystèmes
sont menacés.
La flore sous-marine et l'écosystème de la mangrove sont
touchés :
Les mangroves
sont formées de forêts de palétuviers aux racines aériennes caractéristiques. Ce milieu
situé entre mer et terre joue un rôle important : 1. Rôle biologique
: certains poissons
s'y reproduisent, des crabes y creusent leurs terriers, des oiseaux y nichent
et des prédateurs y trouvent leurs proies... 2. Rôle
protecteur : lutte contre les érosions, protection de la côte contre la houle, les tempêtes et les cyclones. La destruction
des mangroves aura des répercussions sur les années à venir, notamment
une modification des rivages. Les plus importants dégâts concernent les coraux :
L'état du
récif avant le tsunami : de nombreux récifs de l'océan Indien avaient
à peine commencé à récupérer des dommages provoqués par les
variations de température des eaux dues au phénomène climatique El Niño. Pendant le
tsunami : Quand un raz de marée survient, les structures coralliennes s'écrasent
les unes sur les autres. Les coraux pourraient également avoir été
endommagés par une exposition au soleil quand les eaux du raz de marée
se sont retirées, laissant à nu un rivage auparavant submergé. Après le
tsunami : la croissance du récif corallien peut être ralentie par le
nombre raréfié d'animaux larvaires qui peuvent repeupler les récifs. De
plus, les masses de limon, sable et matières organiques soulevées par le
tsunami pourraient étouffer la vie marine et priver de lumière les coraux. La perte des
coraux pourrait à son tour affecter les populations de poissons qui dépendent
des massifs pour leur survie. L'aide internationale
qui a suivi cette catastrophe est sans précédent.
en
savoir plus sur l'aide internationale
L'aide
internationale est importante car, après le tsunami, le risque d'épidémie est
très élevé. Plus que les corps en décomposition, les experts sanitaires
redoutent la contamination de l'eau :
Les eaux
souillées se sont mélangées à l'eau potable. Résultat : dans les puits
et réseaux d'eau potable, il y a de l'eau qui peut contenir des microbes
responsable du choléra, de la dysenterie... La moindre gorgée de cette eau
peut apporter une maladie mortelle ! La présence
d'eau stagnante est favorable à la multiplication des moustiques,
qui peuvent propager le paludisme et
la dengue. Le risque d'épidémie est aussi lié aux concentrations de la population dont les maisons ont été détruites. Ces regroupements de personnes déplacées dans des camps aux conditions de vie précaires favorisent la transmission d'infections par l'air, comme la rougeole, les méningites, ou la tuberculose.
En savoir plus : Les risques épidémiques en Asie sur France 5 Les conséquences sanitaires du tsunami sur le site du ministère de la santé Les conséquences sanitaires du tsunami sur le site de l'institut de veille sanitaire Site de l'organisation mondiale de la santé
Pour
en savoir plus sur cette catastrophe : | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||