Les séismes en Indonésie

L’Indonésie est un pays formé de plus de 13 600 îles, dont près de la moitié sont inhabitées : 

  • les îles de la Sonde (Sumatra, Java, Madura, Bali, Lombok, Sumbawa, Sumba, Florès, Timor), 

  • une grande partie de l’île de Bornéo (Kalimantan), 

  • l’île de Célèbes (ou Sulawesi), 

  • l’archipel des Moluques, 

  • la partie occidentale de l’île de Nouvelle-Guinée (Irian Jaya).

Ce sont des îles volcaniques de moins de 65 millions d'années (ères tertiaires et quaternaires) ; l’archipel indonésien présente des reliefs très accidentés.
L'Indonésie, situé sur le cercle de feu du Pacifique, connaît une importante activité volcanique et sismique Voici son histoire, d'après un article du monde.

 

Il y a 85 millions d'années, après la formation de l'océan Indien, la plaque indo-australienne qui porte l'Inde s'est séparée de l'Afrique. Elle a alors "traversé" l'océan en direction du nord à la vitesse de 10 cm/an.

Puis, il y a 50 millions d'années, l'Inde est entrée en collision avec l'Eurasie et continue d'exercer ce mouvement au rythme de 5 à 6 cm/an. Cet événement a créé la chaîne himalayenne, les plus hautes montagnes du monde, et aussi fait glisser le bloc Indochine - qui porte l'archipel indonésien - vers le sud-est. Résultat de cet affrontement titanesque, l'Indonésie - 17.000 îles réparties sur 5.000 km de long - est extraordinairement volcanique et très souvent sismique.

Actuellement, un mouvement de subduction s'exerce le long de l'île de Sumatra et fait passer la plaque indo-australienne océanique sous la plaque continentale de la Sonde à la vitesse de 4 à 5 cm/an. Soit 5 mètres en cent ans. "Il y a là une énergie phénoménale qui s'accumule lentement. Quand ces 5 mètres se relâchent en quelques minutes, cela provoque un séisme gigantesque" explique Mohamed Chlieh, spécialiste de la tectonique indonésienne, qui collabore au California Institute of Technology (Caltech, Etats-Unis) et à l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP), par exemple celui qui a provoqué la catastrophe sur les côtes de l'océan indien en 2004

En raison de son volcanisme et de sa sismicité exacerbés, l'archipel indonésien et sa région environnante sont étudiés depuis longtemps par des chercheurs de différentes nationalités. Entre 1991 et 2001, l'Union européenne a financé le programme Geodyssea (géodynamique du Sud et du Sud-Est asiatique), qui a permis de réaliser par satellite GPS une étude du déplacement des pays de cette zone, destinée à évaluer le mouvement des plaques. Ces travaux ont permis d'établir que les "contraintes se concentrent sur la faille de Sumatra, celle de Sulawesi et la grande faille des Philippines" (Michel Villeneuve, directeur de recherches au CNRS, laboratoire de géologie de l'université de Provence, à Marseille). Des études de paléosismicité ont aussi été menées à partir de sédiments anciens, indiquant que ces grandes failles rejouent en moyenne tous les 50 à 100 ans. Parallèlement à ces recherches, un réseau sismique télémétré a été installé aux Philippines."Ces stations permanentes sont reliées par satellite à Djakarta et à Manille" ajoute le scientifique. Mais, hélas, ces observatoires concernent essentiellement les séismes localisés sur la terre ferme, et non en mer. "On ne pensait pas, en effet, que le plancher océanique à Sumatra aurait autant de mal à passer sous le bloc de la Sonde." Par ailleurs, des chercheurs de l'IPGP, du Caltech et des scientifiques indonésiens installent 25 stations GPS permanentes sur les îles indonésiennes. Onze ont déjà été placées en 2003 et 2004, et quatre ou cinq autres doivent l'être en 2005, lors d'une mission qui doit débuter à la mi-janvier. Les scientifiques ont aussi étudié les coraux de la région aux rayons X, et les ont datés au strontium/uranium, ce qui leur a permis d'établir que les gros séismes de la région ont lieu tous les 200 ans en moyenne : un séisme de magnitude 8,9 a eu lieu au centre de Sumatra en 1833, et un autre de magnitude 8,5 sur l'île de Nias en 1861. Les deux événements ont provoqué un important tsunami.

Les séismes peuvent provoquer des raz-de-marées = tsunamis (nom tiré du japonais). 

La série de schémas ci-dessous explique ce qui se passe lors d'un tsunami.

Un séisme provoque un soulèvement du fond sous-marin.

Ce soulèvement engendre un gonflement de la surface de l'océan. 

Ce gonflement donne lieu à une vague de surface qui est à peine perceptible en eau profonde (de quelques centimètres à moins d'un mètre d'amplitude), mais qui s'enfle en eau peu profonde pour atteindre des amplitudes pouvant aller jusqu'à 30 m. La vitesse de propagation de ces vagues est de 500 à 800 km/h en eau profonde, quelques dizaines de km/h en eau peu profonde (< 100 m). 

Un tsunami initié à 1000 km des côtes viendra frapper ces dernières environ 2 heures plus tard. Le phénomène de la vague déferlante qui balaie tout sur son passage est appelée raz de marée.

À l'approche de la première vague de tsunami, il se produit d'abord un retrait de la mer (ce qui peut attirer les curieux). Vient ensuite la première vague.

La vague peut être suivie d'un second retrait, puis d'une autre vague, et ainsi de suite. On compte normalement quelques vagues seulement qui diminuent progressivement en amplitude.

 

en savoir plus sur les tsunami 

site perso sur les tsunamis 

L’Indonésie est un des pays les plus gravement touchés par les tsunamis, et où le risque est le plus important au monde. Certes, l’aléa n’est pas plus fort qu’au Japon, mais la vulnérabilité des populations y est beaucoup plus importante

 

Année

Localisation

Magnitude du séisme

Hauteur maximum des vagues

Nombre de victimes

1965

Buru, Moluques

7,5

4 m

71

1967

Sud Sulawesi

5,8

-

58

1968

Centre Sulawesi

7,4

10 m

200

1969

Sud Sulawesi

6,9

-

64

1977

Sumba

8

15 m

189

1982

Larantuka

5,9

-

13

1992

Flores

7,5

26 m

> 2.000

1994

Banyuwangi, Java

6,8

14 m

208

1996

Centre Sulawesi

7,7

5 m

8

1996

Biak, Irian Jaya

8

7 m

160

2004

Sumatra 9 10 m 150.000 ?

 

Flores 

L'île de Flores, comprise entre les latitudes Sud 8°4' et 8° 58', se développe sur 360 km de long ; cette île âgée de moins de 30 millions d'années porte au moins 13 volcans actifs et correspond à une zone de forte activité sismique. Ces activités sont dues à la localisation de l'île, à la fin de l'arc insulaire formé par les îles de Sumatra, de Java, de Bali, de Lombok et de Sumbawa ; cet arc insulaire est lié à une subduction.

 

Le séisme du 12 décembre 1992, de magnitude 7,5, a provoqué un tsunami, avec des vagues de 26 m de haut. C'est le tsunami qui a été meurtrier (plus de 2.000 morts).

Les vagues ont eut des conséquences écologiques : Par l’action mécanique des vagues, la végétation a été détruite et des débris coralliens ont été transportés jusqu’à 200 m de la côte. De plus, l’eau salée a tué tous les arbres ayant résisté au choc mécanique des vagues. On observe aussi le recul de 150 m d’une plage de Flores par glissements répétés sur 2 km de long après une vague de 11 m de haut.

en savoir plus sur les Tsunamis

Sulawesi

Cette île connaît régulièrement des tremblements de terre, avec des personnes tuées à cause du tsunami qui suit le séisme : 58 morts en 1967, 200 en 1968, 64 en 1969, 8 ou 9 en 1996...

 

Un tremblement de terre d'une amplitude de 6.3 sur l'échelle de Richter a secoué lundi 29 décembre 2003 la région du Sulawesi Central, sans causer de dégâts. 

L'épicentre se situait dans la mer de Sulawesi, à 136 km des côtes, au Nord-ouest de la ville de Kotamobagu.

Le tremblement de terre a causé des paniques un peu partout sur l'archipel, mais heureusement aucun tsunami n'a été rapporté.

Article

Sumatra

Les séismes sont fréquents et trop souvent meurtriers sur l'île de Sumatra. un séisme de magnitude 8,9 a eu lieu au centre de l'île en 1833, provoquant un important tsunami. "Il y a malheureusement, indique Mohamed Chlieh, un très gros risque de voir se produire à l'avenir un séisme de magnitude 8,7 en plein milieu de Sumatra, à l'endroit où a eu lieu celui de 1833."

Ainsi, le 8 octobre 1995, une secousse de 30 secondes, de magnitude 7, a détruit des bâtiments et fait de nombreuses victimes. Puis un tremblement de terre a secoué l'île en février 1994, tuant 180 personnes.

En juin 2000, une forte secousse de 7,3 sur l'échelle de Richter a été ressentie jusqu'à Jakarta et Singapour. Plusieurs immeubles se sont effondrés, au moins 100 personnes sont mortes. Plusieurs victimes de ce séisme sont mortes écrasées pendant leur sommeil lorsque leurs maisons se sont écroulées.

Un séisme a secoué Sumatra le 4 novembre 2002. Le lendemain, on comptait 42 blessés (mais il n’y a pas de route sur cette île, il est donc très difficile d’atteindre les victimes et d'en connaître le nombre) ; l’agence de météorologie et de géophysique indonésienne parlait d'une magnitude de 5,3 tandis que les scientifiques australiens évaluaient la magnitude à 7,7 et l’Observatoire de Hong Kong + le centre d’étude géologique américain disaient avoir enregistré une magnitude de 7,5.

L’épicentre du tremblement de terre a été localisé à environ 35 km au nord de la ville de Singkil, dans une zone inhabitée, sur l’île de Sumatra. Les secousses ont été ressenties jusqu’à 500 km au nord-est de l’épicentre, à Banda Aceh, où la population prise de panique est sortie dans les rues. La province d’Aceh est située à quelque 1 750 km au nord-ouest de Djakarta.

 

Décembre 2004 est marqué par un très fort séisme au large de Sumatra.

Le séisme a eu lieu dimanche 26 décembre à 0 h 58 min 50 s (temps universel) = 6 h 58 min 50 s (heure locale) = 1 h 58 (à Paris). 

 

Où a commencé le séisme ?

L'épicentre a été localisé à l'ouest de la côte nord de l'île de Sumatra : 3.298°N, 95.779°E.

  • 250 km SSE de Banda Aceh, Sumatra, Indonésie

  • 320 km W de Medan, Sumatra, Indonésie

  • 1260 km SSW de Bangkok, Thaïlande

  • 1605 km NW de Jakarta, Java, Indonésie

D'après l'USGS, le séisme a eu lieu à la frontière entre la plaque indienne et la plaque birmane : la plaque indienne passe sous la plaque birmane (subduction) ; il y a aussi des interactions avec la plaque australienne et avec la plaque eurasiatique : les mouvements sont complexes !

 

repérer l'épicentre sur le globe terrestre

carte montrant les failles, les plaques ("plate" en anglais) et localisant le séisme 

 

Quelles sont les caractéristiques du séisme ?

Il s'agit d'un séisme superficiel (profondeur : 10 km).

 

Ce séisme de magnitude 8,9 (9,0 d'après l'USGS) fait partie des "géants" de ces dernières années : A presque 9 sur l'échelle de Richter, il est 900 fois plus puissant que la bombe de Hiroshima, mais cent fois moins que le tremblement de terre qui frappa le Chili en 1960. Il sera suivi de très nombreuses répliques.

La durée du séisme est importante : 3 minutes et 20 secondes de vibration continue dans la région de l'épicentre.

Au niveau de la faille, la valeur maximale du glissement de la faille vers le sud-ouest est de 20 mètres sur une quarantaine de kilomètres, et de 15 mètres, de façon répartie, sur plus de 100 km de long. Il y a eu également des mouvements verticaux, qui ont pu atteindre à certains endroits un ou deux mètres, et des terres se sont soulevées, notamment dans la région de Siberut, une île à 100 km à l'ouest de Sumatra.

 

Quel phénomène a été le plus meurtrier ?

Le séisme a provoqué des tsunamis meurtriers :  Le séisme a soulevé le plancher de l'océan et ébranlé la masse d'eau, provoquant des vagues se déplaçant à 800 km/h, capables de franchir des milliers de kilomètres sans déperdition d'énergie. Des vagues terrifiantes, atteignant parfois dix mètres de hauteur, ont frappé et submergé des milliers de kilomètres de côtes de l'océan indien. Partout, ces vagues ont défoncé des habitations, des hôtels et des commerces, ravagé les ports, coulé des bateaux et détruit des villages de pêcheurs.

 

Carte des zones touchées

 

Combien y a-t-il eu de victimes ?

Aux informations, le nombre de victimes connu s'alourdit de jour en jour, d'heure en heure.

  • Dimanche 26, aux informations de 20 h, on annonce 10.000 morts. ce qui représente trois fois le total des Américains tués lors des attaques terroristes du 11 septembre et sept fois celui des GI tombés en Irak (comparaison de Charles Lambroschini dans Le Figaro).

  • Lundi 27 au matin, on entend parler de 15.000 morts. Le bilan donné par yahoo lundi 27 décembre 2004 à 12h00 est d'au total au moins 20.944 morts (le monde parle de plus de 22.800 morts vers 11 heures ; il y aurait plus de 27.000 morts selon un bilan provisoire établi mardi 28 décembre au matin ; l'étendue de la catastrophe reste à préciser et des responsables jugent possible un bilan global supérieur à 55.000 morts.).

  • Selon des bilans provisoires donnés jeudi 30 décembre (matin), le nombre de morts a atteint, 87.000 personnes, tandis que plus de 30.000 restent disparues.

  • Début janvier, on parle de 150.000 morts... Il ne sera sans doute jamais possible d'établir un bilan exact des décès en raison du nombre de pays touchés, de la faible fiabilité des registres et de la difficulté d'accès à certaines zones. Ces difficultés de recensement sont particulièrement importantes dans les zones contrôlées par des mouvements rebelles : guérilla tamoule dans le nord du Sri Lanka, séparatistes dans la province indonésienne d'Atjeh, région autonome du Puntland en Somalie.

Pays par pays

  • Indonésie : Les autorités ont évoqué un "désastre national". La région de Banda Aceh, à l'extrême pointe de l'île de Sumatra, a été la plus touchée. Des villages côtiers du nord de l'île de Sumatra ont été entièrement emportés par les vagues géantes.

    Lundi 27 décembre à 15 h 42, on pouvait lire dans yahoo que, selon le vice-président indonésien Jusuf Kalla, "le nombre de morts pourrait se situer entre 5.000 et 10.000 à Banda Aceh". "Le bilan précis n'est pas encore disponible, mais je l'estime entre 21 000 et 25 000", déclarait-il mardi 28.

    Le 5 janvier, le bilan est de 94.200 décès confirmés, près de 6.700 disparus.

    On peut lire dans le Monde, mardi 28 : "A Banda-Atjeh, chef-lieu de province indonésien le plus proche du séisme, la place du marché central a été transformée en vaste morgue à ciel ouvert, où les corps sont alignés par dizaines. Un peu partout, les victimes ont été, en priorité, de jeunes enfants et des personnes âgées emportés par les vagues géantes ou heurtés par tout ce que les eaux charriaient, troncs d'arbres, rochers, véhicules."

    Sur l'île de Sumatra, comme dans beaucoup d'autres régions, les secouristes sont confrontés à de nombreux obstacles pour acheminer l'aide.

    Photo

  • Sri Lanka : Le Sri Lanka a décrété un état de catastrophe naturelle et a fait appel à l'aide internationale. Les zones touchées sont les côtes sud et est de l'île de Trincomalee à Galle.

    Mardi 28, selon le porte-parole de l'armée, le général Daya Ratnayake, 10.038 corps - dont ceux de 80 touristes étrangers - ont été retrouvés dans les zones sous contrôle gouvernemental + 2.000 autres dans les zones contrôlées par les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) au nord-est de l'île. Des responsables sri-lankais n'excluent pas que leur bilan national s'élève à 20.000 morts. 

    Jeudi 30, le bilan est de 24.297 morts, plus de 8.815 blessés et 4.059 disparus pour l'ensemble de l'île. Ce bilan inclut 160 étrangers morts ou disparus, et les quelque 1.500 passagers d'un train qui a été entièrement submergé sur la côte.

    Le 5 janvier 2005, la présidence sri-lankaise publie que 30.196 personnes ont été tuées et 3.792 sont portées disparues. Les autorités de Colombo ont estimé que le bilan final pourrait dépasser les 42 000 morts.

    1,5 million de personnes - 7,5% de la population - ont perdu leurs foyers et sont souvent réfugiés dans des temples bouddhistes ou des écoles. Jeudi 30, on parle de 600.000 personnes déplacées au Sri Lanka.

  • Inde

    Mardi 4 janvier, le gouvernement chiffre à 15.694 victimes, dont 9.571 morts et 6.107 "disparus présumés morts". Au moins 9.675 personnes sont mortes sur les côtes de l'Inde continentale. La région la plus touchée est l'Etat du Tamil Nadu, avec 7.793 morts. Pondichéry a perdu 574 personnes. 166 personnes sont mortes dans le Kerala et 106 dans l'Andhra Pradesh. 812 corps ont été retrouvés dans les archipels d'Andaman et de Nicobar, à quelque 1.000 kilomètres à l'est du continent. La plupart des disparus en Inde se trouvaient dans ces îles, très affectées car beaucoup plus proches de l'épicentre du séisme que le reste du pays.

    Jeudi 30 décembre, on parle aussi de 160.000 personnes déplacées en Inde.


Un homme marche au milieu d'habitations détruites, le mardi 28 décembre 2004 dans le village indien de Velankani

  • Thaïlande : Le gouvernement thaïlandais a décrété l'état de catastrophe naturelle et a mobilisé l'armée de terre et la marine. Le raz de marée a causé d'importantes destructions le long de la côte sud-ouest de la Thaïlande (Provinces de Phuket, Krabi, Phang Nga, Trang, Satun et Ranong) et sur les îles de la mer d'Andaman (Phi Phi notamment).

    Phuket est l'un des lieux de villégiature les plus populaires d'Asie du Sud-Est, avec des centaines de milliers de visiteurs chaque année.

    Phang-Nga, une presqu'île touristique juste au Nord de Phuket, est le secteur touristique le plus touché, avec plus d'un demi-millier de victimes. La Thaïlande pleure notamment un petit-fils de son roi vénéré, dont le corps a été retrouvé à Khao Lak, l'une des stations balnéaires de Phang-Nga.

    Sur l'île de Phi Phi, seules deux structures hôtelières ne se sont pas effondrées.

    Jeudi 30 décembre, le bilan s'établit à 1.975 morts, dont quelque 350 touristes étrangers, 9.808 blessés et 6.043 disparus. 185 clients, et 220 employés, survivants de l'hôtel Sofitel de Khao Lak, ont été retrouvés. On parle aussi de 29.000 personnes déplacées en Thaïlande.

    Mercredi 5 janvier, le bilan s'est alourdi : 5.246 morts confirmés, dont 2.463 étrangers, 2.232 Thaïlandais et 300 personnes dont il n'a pas été possible d'établir l'appartenance. Le nombre de disparus est de 4.499.


Plage de Khao Lak, en Thaïlande

  • Malaisie : Jeudi 30, la police parle de 64 morts et 183 blessés, et de nombreux disparus sur l'île touristique de Penang et dans l'État voisin du Kedah. On ne signalait pas de touriste étranger parmi les morts de Penang. 

  • Maldives : Le 5 janvier, on compte au moins 82 morts et 26 disparus. L'une des 1.200 îles, la très touristique Dhiffushi, était entièrement sous l'eau. La plus grande partie de la capitale, Male, a été inondée. Les infrastructures ont été totalement détruites dans 13 des 202 îlots habités et 29 stations balnéaires (qui occupaient un îlot chacune), sur un total de 85. Quelque 12.000 personnes sont sans abri.

  • Birmanie (Myanmar) : mardi 28, un bilan provisoire fait état d'au moins 90 morts et 17 villages détruits selon des organisations humanitaires, le sort d'une ethnie de pêcheurs qui vit, dans le Sud, à bord de petites embarcations, demeure la principale inconnue.

  • Somalie, à plus de 6.000 km de l'épicentre : On peut lire lundi 27 à 16h29 : "Les pertes humaines se chiffrent par centaines le long des côtes du centre et du nord-est (...) Des villages entiers et des villes côtières ont été balayées par les raz-de-marée et les dégâts matériels sont importants", a expliqué Youssouf Ismail, porte-parole du président somalien Abdouallhi Youssouf Ahmed. "Tous les pêcheurs qui sont partis en mer (dimanche) ne sont pas rentrés". "Nous lançons un appel urgent à la communauté internationale pour l'envoi immédiat d'une aide d'urgence".

    D'après Oumar Haji Ali, un pêcheur de Kabaal, à 800km au nord-est de Mogadiscio, les vagues sont remontées par endroit jusqu'à 3 km à l'intérieur des terres. Selon des responsables tribaux joints par radio, plusieurs milliers d'habitants de la côte ont fui leurs habitations. Dans la capitale Mogadiscio, le niveau de la mer est monté de deux mètres. 

  • Tanzanie : Au moins 10 personnes sont mortes noyées.

  • Bangladesh : 2 morts le 27.

  • L'île Maurice a été légèrement touchée, mais aucune victime n'était signalée.

  • La catastrophe a endommagé quelques bateaux de pêche dans les ports de l'île de la Réunion, à 7.000 km de l'épicentre.

  • Le gouvernement kenyan a ordonné "par précaution" l'évacuation de ses côtes le long de l'océan Indien après avoir constaté "d'étranges mouvements de l'eau". Un homme s'est noyé près de Mombasa.

Ce bilan était-il évitable ?

Michel Kasser, directeur de l'Ecole nationale des sciences géographiques, pense que plus de 95 % des victimes auraient pu être évitées si les réseaux d'information pertinents avaient fonctionné...

 

1° raison. Si les scientifiques n'arrivent pas encore à prévoir les séismes, les tsunamis sont prévisibles. Les articles sur ce sujet sont nombreux (yahoo 1 ; yahoo 2 )

  • Les pays asiatiques touchés par les raz-de-marée n'ont pas pu prévenir les populations du danger, faute d'un système de surveillance des tsunamis dans l'océan Indien - les instruments sont très chers... Si le séisme avait eu lieu dans le Pacifique, le Groupe international de coordination pour le système d'alerte des tsunamis (ICGTWS) aurait prévenu les pays riverains d'un risque de raz-de-marée. Ce réseau international regroupe depuis 1965 la plupart des États du Pacifique (dont l'Indonésie et la Thaïlande). Le système d'alerte utilise les observations sismiques des différents instituts géologiques pour prévoir, à l'aide d'ordinateurs, la formation des tsunamis et leur direction. Après des séismes importants dépassant la magnitude 7, des bulletins d'alerte sont diffusés dans les pays voisins pour les prévenir du moment d'arrivée des raz-de-marée et de leur ampleur. Mais dans l'océan Indien, aucun système de prévention n'existe...

  • Phil McFadden, responsable de l'institut Géoscience Australia, souligne que toute alerte serait intervenue trop tard pour les zones proches de l'épicentre, en Indonésie, frappées très rapidement. Mais, s'il y avait eu un système d'alerte international tel que celui qui existe dans l'océan Pacifique, les gens dans des endroits comme le Sri Lanka ou les Maldives auraient eu le temps de faire quelque chose. En effet, les tsunamis n'ont frappé l'Inde et le Sri Lanka que 2 h 1/2 après le séisme.

  • En Thaïlande :

    • Thammasarote Smith, un ancien prévisionniste du département thaïlandais de météorologie, affirme que les gouvernements concernés auraient pu faire beaucoup plus pour avertir les populations du danger. En Thaïlande, "le département avait jusqu'à une heure pour annoncer le message d'alerte et évacuer les gens, mais il ne l'a pas fait", dit-il dans le quotidien "Bangkok Post".

    • Kathawudhi Marlairojanasiri, le prévisionniste en chef du département, rétorque que l'agence thaïlandaise a diffusé des avertissements à la radio et à la télévision à partir de 9h dimanche sur un risque de courant sous-marin le long de la côte sud-ouest du pays, où se trouvaient des dizaines de milliers de touristes étrangers. Mais ces messages n'ont été diffusés qu'après l'arrivée des premières vagues dévastatrices. Un autre avertissement a été diffusé sur Internet trois heures après, mais au moins 700 personnes avaient alors déjà péri en Thaïlande.

    • Sulamee Prachuab, un autre responsable, explique que le département thaïlandais de météorologie ne pouvait donner une alerte en temps réel, n'ayant pas la technologie satellitaire pour le faire.

    • Jean-Claude Pomonti témoigne dans Le monde du 31 décembre qu'une alerte téléphonique passée 5 minutes avant le raz de marée peut suffire... "J'ai reçu un coup de téléphone de l'île de Phuket. Je me suis précipité sur la plage en hurlant pour dire aux gens d'évacuer. Le personnel du restaurant d'à côté en a fait autant après avoir été averti par téléphone portable par le patron, qui se trouvait sur l'île de Phi Phi. Sur la plage, l'eau commençait à se retirer. Deux vacanciers qui descendaient de leur bateau de plaisance ont tout de suite compris. J'ai dit aux gens de courir vers la forêt, le plus loin possible de la plage. Je voyais à l'horizon la vague arriver." Résultat : pas un mort, pas un blessé sur cette plage (Railei) alors que celle d'Ao-Nang, station balnéaire la plus proche, a été dévastée.
  • A l'avenir :

    • Le Premier ministre australien John Howard a annoncé qu'il examinerait quel rôle son pays pourrait jouer à l'avenir dans la mise en place d'un système d'alerte dans l'océan Indien. Selon un responsable australien, il faudra au moins un an pour déployer un tel dispositif.

    • Dayanidhi Maran, ministre de l'information indien, a précisé que son pays envisageait désormais d'établir un système d'alerte.

    • Le Japon offre son expertise technique.

2° raison. La gravité des dégâts est aussi due à l'action de l'homme sur l'environnement : le tsunami aurait eu des conséquences moins dramatiques si coraux et mangroves avaient été mieux préservés, estime le directeur scientifique de l'Union mondiale pour la nature, Jeff McNeely. Beaucoup de coraux ont disparu et les mangroves ont été supprimées pour laisser la place à l'élevage de crevettes et de langoustines, au tourisme et à l'urbanisation. En Inde et au Sri Lanka, des organisations de protection de la nature mettent en garde depuis des années contre la vulnérabilité accrue des rivages et demandent qu'on arrête de raser les mangroves. Mais il y a beaucoup d'intérêts économiques en jeu...

 

3° raison. Il semble qu'assez peu d'animaux ont été tué par le tsunami. Des rescapés racontent avoir observé la fuite d'animaux, et avoir été sauvés parce qu'ils ont suivi ces animaux... Le responsable d'un parc naturel du Sri Lanka (Yala) raconte qu'il trouve des corps humains mais non d'animaux. Les immenses vagues ont submergé le parc naturel qui abrite 200 éléphants, des léopards, des sangliers et d'autres animaux rares, les animaux pourraient avoir trouvé refuge sur des hauteurs. Les témoignages recueillis dans la région laissent entendre que les animaux auraient senti arriver la catastrophe naturelle.

 

Quels sont les impacts sur les paysages ? Quelles sont les conséquences géographiques et écologiques ?

  • " Tous les séismes changent le paysage. Le séisme est véritablement l'architecte du paysage. Toutes les montagnes que nous connaissons ont été modelées par les tremblements de terre", explique Paul Tapponnier, directeur du laboratoire de tectonique à l'Institut de Physique du Globe (IPG). 

    On lit dans le monde que des rescapés hagards ont décrit des "paysages de guerre".

    • "On est sortis sur le balcon, pour voir quelle journée nous allions avoir, et, soudain, elle était là, en face de nous, la vague", a raconté une touriste australienne, Raeshell Tang, à Phuket, une des principales stations touristiques du sud de la Thaïlande. "Il y avait de nombreux blessés avec des plaies. Du sang partout", a-t-elle dit à une télévision australienne.

    • "Des gens étaient accrochés aux arbres, des enfants ont été arrachés des bras de leurs mères, et ensuite, elles aussi ont été emportées par les flots", a raconté Jack Allen, un touriste britannique séjournant aussi à Phuket. 

  • Paul Tapponnier précise que l'axe de rotation de la Terre, qui n'est pas fixe (de même que la toupie qui tourne sur elle-même a un axe lui-même animé de mouvements de rotation) a été ébranlé "de façon infime, comme une pichenette sur une toupie". On peut aussi citer Ken Hudnut de l’institut géologique américain (US Geological Survey) : "Nous pouvons détecter les mouvements très légers de la terre et je pense qu’elle a vacillé dans son orbite lorsque le tremblement de terre a eu lieu, en raison de la quantité massive d’énergie dégagée" .
    Par ailleurs, Paul Taponnier estime que le tremblement de terre a modifié la carte géographique de l’Asie. Le séisme de magnitude 9 sur l’échelle ouverte de Richter pourrait avoir déplacé les plus petites îles de la région de quelques 20 mètres. L’orientation du mouvement reste encore a déterminer ; selon Ken Hudnut il s’agit d’un mouvement horizontal, "les îles au sud-ouest des côtes de Sumatra peuvent avoir avancé de 20 mètres vers le sud-ouest. Ce qui représente un glissement important". Stuart Sipkin, autre chercheur de l’USGS, pense plutôt à un mouvement vertical. En effet, en raison de la tectonique de la région, « la plaque indienne a plongé sous la plaque birmane », il estime que les îles au large de Sumatra s’étaient bien déplacées mais verticalement, en émergeant un peu plus de la mer. (lire un article de sciences et avenir sur ce sujet)

  • Le séisme a modifié la géographie autour de l'île de Sumatra, et la secousse a légèrement ébranlé l'ensemble de la planète. Les experts savent que le séisme de magnitude 9 a entraîné, localement, un déplacement des côtes de quelque vingt mètres, en certains points d'une zone de rupture de 400 km de long. Des terres se sont soulevées par endroit, ont été complètement englouties ailleurs. "Le tremblement de terre a changé la carte", a déclaré Ken Hudnut, un expert de l'Institut géologique américain (US Geological Survey). "En se basant sur des modèles sismiques, on peut dire que certaines des plus petites îles au sud-ouest des côtes de Sumatra peuvent avoir avancé de 20 mètres vers le sud-ouest". La pointe nord-ouest du territoire indonésien de Sumatra pourrait avoir glissé vers le sud-ouest d'environ 36 mètres.

     

  • Les écosystèmes sont menacés.

    La flore sous-marine et l'écosystème de la mangrove sont touchés :

    • Les mangroves sont formées de forêts de palétuviers aux racines aériennes caractéristiques. Ce milieu situé entre mer et terre joue un rôle important :

      1. Rôle biologique : certains poissons s'y reproduisent, des crabes y creusent leurs terriers, des oiseaux y nichent et des prédateurs y trouvent leurs proies...

      2. Rôle protecteur : lutte contre les érosions, protection de la côte contre la houle, les tempêtes et les cyclones.

    • La destruction des mangroves aura des répercussions sur les années à venir, notamment une modification des rivages.

       

    Les plus importants dégâts concernent les coraux :

    • L'état du récif avant le tsunami : de nombreux récifs de l'océan Indien avaient à peine commencé à récupérer des dommages provoqués par les variations de température des eaux dues au phénomène climatique El Niño.

    • Pendant le tsunami : Quand un raz de marée survient, les structures coralliennes s'écrasent les unes sur les autres. Les coraux pourraient également avoir été endommagés par une exposition au soleil quand les eaux du raz de marée se sont retirées, laissant à nu un rivage auparavant submergé.

    • Après le tsunami : la croissance du récif corallien peut être ralentie par le nombre raréfié d'animaux larvaires qui peuvent repeupler les récifs. De plus, les masses de limon, sable et matières organiques soulevées par le tsunami pourraient étouffer la vie marine et priver de lumière les coraux.

    • La perte des coraux pourrait à son tour affecter les populations de poissons qui dépendent des massifs pour leur survie.

L'aide internationale qui a suivi cette catastrophe est sans précédent.

en savoir plus sur l'aide internationale

 

L'aide internationale est importante car, après le tsunami, le risque d'épidémie est très élevé. Plus que les corps en décomposition, les experts sanitaires redoutent la contamination de l'eau :

  • Les eaux souillées se sont mélangées à l'eau potable. Résultat : dans les puits et réseaux d'eau potable, il y a de l'eau qui peut contenir des microbes responsable du choléra, de la dysenterie... La moindre gorgée de cette eau peut apporter une maladie mortelle !

  • La présence d'eau stagnante est favorable à la multiplication des moustiques, qui peuvent propager le paludisme et la dengue.

Le risque d'épidémie est aussi lié aux concentrations de la population dont les maisons ont été détruites. Ces regroupements de personnes déplacées dans des camps aux conditions de vie précaires favorisent la transmission d'infections par l'air, comme la rougeole, les méningites, ou la tuberculose.

  

En savoir plus :

Les risques épidémiques en Asie sur France 5

Les conséquences sanitaires du tsunami sur le site du ministère de la santé

Les conséquences sanitaires du tsunami sur le site de l'institut de veille sanitaire

Site de l'organisation mondiale de la santé

  

Pour en savoir plus sur cette catastrophe :

Numéro spécial du nouvel observateur