Les séismes au Maroc

 

Comme l'Algérie, le Maroc est un pays régulièrement secoué par des séismes. Parmi ceux qui ont marqué l'histoire récente du Maroc, il y a la catastrophe d'Agadir, en février 1960 : dans la soirée du lundi 29 février 1960, vers 23h40, une secousse de magnitude 5,8 suivie d'un raz-de-marée avait pratiquement rayé la ville de la carte. Des décombres d'Agadir, les sauveteurs retireront 10.000 à 12.000 morts, soit plus du quart de la population de la ville, près de 2.000 blessés et une bonne centaine de survivants indemnes. Agadir est un exemple historique de l'acharnement des sauveteurs à fouiller les décombres, pour la plus grande joie des miraculés comme Mohamed Ben Amidouche, repéré au stéthoscope et extirpé des ruines 12 jours après le tremblement de terre. Enseveli sous les décombres d'une épicerie, il a survécu grâce aux boîtes de conserves, aux paquets de gâteaux et aux bouteilles de limonade avec lesquels il s'est alimenté...

 

Depuis, des séismes moins puissants se sont produits dans ce pays, en particulier en 1994 : séisme de magnitude 6, deux personnes tuées.

 

 

Février 2004

 

Un séisme a touché le nord du Maroc dans la nuit du lundi 23 au mardi 24 février 2004 à 2h28 (ou 2h27).

L'épicentre est situé entre Imzouren et Ait Qamra, les deux localités, urbaine et rurale, les plus touchées, une zone montagneuse à 19 km de la ville portuaire d'Al-Hoceima.

 

 

Le séisme a atteint la magnitude de 6,3 à  6,5 sur l'échelle de Richter. La magnitude exprime l'énergie de vibration de l'écorce terrestre libérée par la secousse. Cependant, les dégâts dépendent non seulement de la magnitude, mais aussi de facteurs physiques (profondeur de l'épicentre, nature des terrains) et humains (densité de population, qualité de l'habitat) : l'importance de ces dégâts est évaluée sur une échelle d' intensité allant de I à XII. 

Plusieurs villages ont été quasiment détruits par l'intensité de la secousse. Le bilan fait le jeudi 26 dans la matinée faisait état de plus de 570 morts et plusieurs centaines de blessés, écrasés sous les débris des maisons et immeubles. Sur place, à Al Hoceima et dans les régions avoisinantes, on estime que des vies auraient pu être sauvées si les moyens et l’organisation n’avaient pas fait défaut.

 

Cette catastrophe a soulevé plusieurs problèmes : 

  • l'habitat n'était pas construit selon des normes parasismiques, 

  • l'acheminement des secours a été rendu très lent par le manque d'infrastructures routières, 

  • l'hébergement des très nombreux sinistrés (des dizaines de milliers), nécessitant des moyens considérables (tentes, ravitaillement...), a été long à organiser. 

Récit des trois jours où le Rif a tremblé. 

  • Mardi 24 février, 02 heures 27. La terre tremble dans la région d’Al Hoceima. En quelques secondes, des centaines d’habitations, surtout en zone rurale, cèdent aux secousses. Les tremblements sont ressentis jusqu’à Tétouan au nord-ouest, au-delà de Melilia à l’est et jusqu’à Fès vers le sud. La ville d’Al Hoceima sera épargnée. À part quelques fissures sur certains bâtiments, aucun dégât matériel, ni humain, ne sera signalé. Réveillés en plein sommeil, les habitants mettront du temps avant de réaliser la gravité de la situation. Dehors où ils ont fui, l’électricité est coupée. Les premiers secours sont improvisés dans le noir. Pendant plusieurs heures, les sinistrés seront leurs propres secouristes. On déblaye à la main, on creuse à la pioche, parfois au marteau. Les premiers corps sont extraits. Les blessés sont transportés à bord de véhicules personnels vers le centre sanitaire d’Imzouren et l’hôpital d' Al Hoceima. 

  • Les premiers secours arrivent au petit matin. Les unités d’intervention locales seront rejointes, à partir du milieu de la journée, par des renforts venusdes villes avoisinantes comme Tétouan et Taza, puis de Rabat, Casablanca ou Fès. Au lever du jour, le spectacle est désolant. Des ruines partout, une population épuisée et une hantise des répliques. 

  • Imzouren, 16 heures 30. Les bâtisses qui bordent la route ont apparemment tenu le coup. Certaines, fissurées, sont marquées d’une croix rouge : risquées, donc inhabitables. Plus loin, vers le centre de la ville, la première maison écroulée : un amas de pierre sur lequel s’affairent des pompiers et des membres de la protection civile. Une fillette de huit ans a miraculeusement été sortie de sous les décombres. Ses parents n’ont pas eu la même chance et son petit frère de 5 ans est toujours bloqué à l’intérieur. On mettra plus de trois heures avant de le sortir de là… mort. Au milieu de ce décor chaotique, les bulldozers travaillent. D’habitude, on ne fait appel aux bulldozers qu’après avoir perdu tout espoir de retrouver des survivants, à partir du troisième ou quatrième jour. Au Maroc, faute de grue, ce sont ces gros engins qui aident les secouristes à soulever les tonnes de béton.
    Imzouren est une ville presque aussi grande qu’Al Hoceima. Mais il n'y a pas de réseau d’assainissement, ni de routes goudronnées, tout pousse dans l’anarchie, à la frontière du rural et de l’urbain. 

  • Des villages entiers ont été ensevelis, mais les pistes qui y mènent sont devenues dangereuses à cause de la boue. On parle de centaines de morts et autant de blessés qui attendent toujours des secours. 

  • Mardi, 22 heures. Al Hoceima. La ville ressemble à un énorme camping. Les habitants ne sont plus rentrés chez eux que pour chercher des couvertures, de l’argent ou leurs papiers d’identité. Sur la place au centre-ville, à proximité du port, une centaine de tentes est dressée. Hommes, femmes et enfants s’apprêtent à passer leur première nuit dehors. Certains dormiront à même le sol, d’autres sur des tapis ou dans des draps. Jusqu’aux premières heures de la matinée, le trafic ne s’arrêtera pas sur la route reliant Al Hoceima à Imzouren et les autres villages sinistrés. Sous une pluie fine, des files d’hommes, de femmes et d’enfants traînent des pieds au bord des routes. Ailleurs on voit  des femmes sur des tapis de paille, en plein air, avec à côté, une bande de jeunes (fils et frères) montant la garde et préparant le thé. Les fouilles sont arrêtées car il n'y a pas de groupes électrogènes. 

  • A l'hôpital, des médecins venus des quatre coins du pays et des pharmaciens de la ville participent aux soins. Pas de débordement, ils sont préparés à la gestion de crises de ce genre. Les blessés légers sont pris en charge dans l’un des deux centres aménagés dans la base navale et à l’orphelinat. Il y a un travail de tri très important effectué en amont. Quant aux morts, les centaines de corps sont entreposés dans les frigos du port... 

  • À 05 heures 20, une nouvelle secousse tire les habitants de leur (léger) sommeil et cause l’effondrement d’une maison. Sous les décombres, Mouha Bousghount, un cinquantenaire qui avait insisté pour passer la nuit, seul dans sa maison fissurée... La nouvelle journée commence tôt ! Les cafés sont ouverts et la principale question de la journée sera : y aura-t-il du pain aujourd’hui ? Durant toute la journée de mardi, les boulangeries sont restées fermées et les dizaines de milliers de sinistrés sont, pour leur plupart, restés sur leur faim. Aujourd’hui, quelques commerces et restaurants sont ouverts. Les files d’attente devant les caisses sont interminables. Les marocains sont en colère : "Nous sommes restés calmes hier parce qu’on se disait que l’urgence était de sauver les vies qui pouvaient encore l'être mais aujourd’hui, nous demandons des solutions urgentes et concrètes". "Nous croyions qu'Arabes et Rifains étaient pareils. Mais là, nous laisser sans vivres pendant deux jours c'est de la ségrégation". "Cette région a toujours été oubliée. Si nous avions des routes valables, les secours n’auraient pas mis autant de temps à arriver"... ce mercredi matin, tout avançait lentement au grand désespoir des populations. 

  • A Ait Qamra, ensemble très dispersé de maisonnettes en pisé, on voit que la plupart des demeures ont été détruites : à la différence du béton, les constructions en pisé tombent d’un coup ne laissant aucun espace pour permettre une éventuelle aération. La plupart des habitants sont donc morts par asphyxie. Sur certaines collines, certains ont déjà fait leur deuil.

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