Le Mont Saint-Helens

 

En Amérique, 363 volcans actifs s’égrènent sur 18 000 km, d’Alaska en Antarctique : c’est le bord oriental de la ceinture de feu du Pacifique. Beaucoup d’éruptions importantes y ont eu lieu, dont celle du mont Saint-Helens.

 

Ce volcan de l’Etat de Washington, à 150 km au sud de Seattle, est le plus agité des 15 édifices volcaniques potentiellement actifs de la chaîne des Cascades. Une dizaine de grosses phases d’activités explosives l’ont ébranlé en 40.000 ans. Cette montagne, le « Fujiyama américain », s’est construite en 2.500 ans. Il culminait à 2.950 m, était couvert de glaciers, avec à son pied un lac rempli de truites et entouré de forêts de conifères ponctuées de châlets.

 

Avant-avant dernière éruption : 1857.

Avant dernière éruption : 1980.

Dernière éruption : 2004.

 

 

L'éruption de 1980

 

  • 20 mars 1980, 15h47. Un séisme, de magnitude 4 dans l’échelle de Richter, secoue le mont Saint-Helens.

  • 7 jours suivants. L’activité sismique augmente.

  • 27 mars. Une première explosion de vapeur pulvérise des roches du sommet du cône et creuse un cratère de 80 m de diamètre. Un panache de cendres monte à 2 000 m. Les chercheurs américains se précipitent et installent de nombreux instruments pour suivre l’éruption.

  • Avril. Les explosions de vapeur se succèdent à un rythme soutenu, elles sont dues à de l’eau de pluie qui s’infiltre dans le volcan, est chauffée en profondeur par des masses brûlantes, se transforme violemment en vapeur et rejaillit à la surface. En même temps le flanc nord du volcan se gonfle de 1,50 m par jour, soulevé par l’énorme masse de magma qui se trouve au-dessous, à moins de 2 km.

  • Devant les risques d’un paroxysme, les autorités de l’Etat de Washington ordonnent l’évacuation des familles vivant autour du lac Spirit, au pied nord du Saint-Helens, et interdisent l’accès de la zone menacée dans un rayon d’une trentaine de km.

  • Fin avril. Le cratère sommital mesure 500 m de long, 300 m de large, 200 m de profondeur.

  • 7 mai. Les explosions reprennent. Plus de 8.000 séismes ont déjà été enregistrés sur les sismographes, la boursouflure du flanc nord du volcan a 150 m de haut. Malgré cela, les habitants évacués contestent la fermeture de la zone menacée.

  • 17 mai. Cédant à la pression populaire, le gouverneur autorise une centaine de propriétaires de maisons situées au bord du lac Spirit à pénétrer dans la zone interdite pour récupérer leurs biens. L’autorisation est reconduite pour le lendemain dimanche 18 mai à partir de 9h...

  • 18 mai 8h32. Un séisme de magnitude 5, localisé à 2 km de profondeur sous le cône, ébranle le volcan. Moins de 10 s après, il provoque l’effondrement de l’énorme gonflement en position instable perché sur son flanc nord. En 15 s, près de 3 km3 de roches se détachent de la montagne et dévalent la pente en une gigantesque avalanche. La confrontation de documents photographiques, d’enregistrements sismiques et de calculs théoriques, ont permis de déterminer que les nuées dévalèrent les flancs du volcan avec une vitesse maximale de 650 km/h et une vitesse moyenne de 275 km/h sur 5 km. L’avalanche se précipite dans le lac Spirit, faisant monter son niveau de 60 m, puis descend la vallée de la rivière Toutle-Nord sur 20 km, engloutissant tout sous une centaine de mètres de roches, de glace et d’eau.

    Le sommet du volcan, allégé de l’énorme masse de son gonflement parti en avalanche, peut enfin libérer la pression colossale de son magma souterrain. Une formidable décompression est aussitôt suivie d’une énorme explosion qui éviscère le volcan. Un souffle colossal à 300°C, de gaz, roches et cendres, jaillit obliquement de la cheminée mise à nu sur le flanc effondré de la montagne et rase tout jusqu’à 30 km au nord du volcan, à une vitesse atteignant 1 100 km/h. Près de 600 km2 de zones boisées sont entièrement ravagés. Des millions de pins de 30 m de haut sont abattus ; ils gisent sur le sol, tous alignés dans la direction du souffle. Une soixantaine de personnes trouvent la mort dans le cataclysme : plusieurs bûcherons et des dizaines de touristes inconscients qui se sont infiltrés clandestinement dans la zone pour faire des photos du volcans.

    Le souffle est à peine déclenché qu’une explosion verticale lance un énorme nuage de cendres jusqu’à 25 km de haut. Cette phase explosive dure une dizaine d’heures. En haute altitude, les poussières volcaniques sont entraînées vers l’est par des vents de 100 km/h et saupoudrent les territoires sur leur trajet. Au milieu de la journée à Spokane, à 430 km, il fait presque nuit tant l’atmosphère est chargée de cendres opaques. Au bout de 24 h, le nuage volcanique est déjà passé au-dessus de Denver ; le lendemain à Chicago ; le 3° jour à New-York, à plus de 4 000 km du volcan ; au bout de 2 semaines, les poussières du Saint-Helens ont fait leur premier tour du monde !

  • 12h à 17h. Des nuées de cendres et blocs de ponces débordent de la bouche, dévalent la pente nord à 700 km/h, se jettent dans le lac Spirit ; le contact eau / ponces à 400°C déclenche de violentes explosions de vapeur, creusant de nombreux petits cratères sur le rivage.

    Enfin, d’énormes coulées de boue, mélanges de blocs, cendres et eau, dues au débordement du lac Spirit et à la fonte des glaces, descendent à 80 km/h dans les vallées rayonnantes du Saint-Helens, détruisant tout jusqu’à 80 km du volcan.

  • Il y aura ensuite encore d’autres explosions : le 25 mai et le 12 juin, les panaches de cendres sont montés à 15 km de haut ; le 22 juillet, il y a eut 3 explosions, la deuxième éjectant un panache de cendres de 18 km de haut. Le dôme de magma a été pulvérisé par ces 3 explosions. Pendant 2 ans encore, l’activité du Saint-Helens sera caractérisée par une alternance d’édifications et de destructions de dômes.

  • Quand l’éruption s’arrête, le soir du 18 mai, le volcan apparaît décapité, il a perdu 430 m d’altitude, passant du 5° au 30° sommet de l’Etat de Washington. Occupant son ancien sommet, un énorme cratère en fer à cheval, ouvert côté nord, mesure 3,2 km de long, 1,6 km de large, 700 m de profondeur. Plus de 3 km3 de roches ont été entraînées par l’avalanche, puis le volcan a craché 1 km3 de magma, libérant au total une énergie équivalente à celle produite par l’explosion en série de 27 000 bombes d’Hiroshima. Les dégâts causés par l’éruption ont été estimés à 1 milliard de dollars. Ont été détruits des dizaines de milliers d’ha de forêt, 250 maisons, 7 ponts, 300 km de routes et 20 de voies ferrées, des centaines de camions et d’engins de chantiers destinés à exploiter le bois. D’innombrables voitures sont endommagées par les cendres qui ont abrasé les carrosseries, contaminé les circuits d’huile et bouché les filtres à air. Des millions de tonnes de poussières volcaniques doivent être enlevées des routes et aéroports. 3 millions de personnes sont au chômage technique dans les régions touchées par les retombées de cendres, parmi lesquelles de nombreux paysans dont les plantations sont gravement touchées.

Mais les cendres volcaniques, excellents fertilisants, ont aussi permis à 1980 d’être une bonne année pour les récoltes ; et après un « creux », le tourisme au Saint-Helens devint prospère : les curieux affluent en nombre pour visiter les abords dévastés du Saint-Helens. De plus, l’éruption du Saint-Helens, très étudiée, permit à la volcanologie de faire un pas de géant dans la connaissance du volcanisme explosif.

 

L'éruption de 2004 

  • Les premiers signes d'une éruption sont détectés le 23 septembre 2004 : les sismomètres enregistrent des essaims de séismes, de magnitude inférieure à 1.

  • Les séismes se sont accrus le 25 septembre (une dizaine de secousses de magnitude 2 à 2,8 enregistrées) : il n'y avait pas eu tant de séismes depuis octobre 1986, c'est pourquoi les journalistes en ont parlé. Le 27 septembre l'activité sismique s'accroît lentement toute la journée, le 29 il y a 4 séismes par minute !

  • Les séismes sont localisés en surface et à l'intérieur du dôme, ce qui fragilise cet édifice. Les scientifiques pensent que de l'eau et de la vapeur sous pression, ou du magma, sont impliqués dans ces séismes, une alerte orange, de niveau 2 (sur une échelle à 3 niveaux) est donnée.

  • Le 1er octobre le niveau sismique augmente encore avec 3 à 4 événements par minute et certaines secousses dépassent une magnitude de 3,3 avec toujours une localisation dans le dôme. Les données GPS montrent un gonflement général de 7 cm.
    Une petite partie dôme a sauté à 12 heure 03 locale, l'activité a duré 24 minutes. Un panache de cendres et de vapeur est monté à 3 km de haut puis s'est dirigé vers Portland et la côte Pacifique. Le lieu d'éruption est localisé au sud du dôme, où il est recouvert par de la glace et des blocs provenant des parois du cratère principal.

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Le Mont Saint-Helens le premier octobre

  • Le 2 octobre, l'alerte atteint le niveau 3 "rouge". Une éruption peut être imminente ! Risque d'explosion, d'émission de projectiles et de cendres...

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Dan Gooding, un scientifique, récolte des cendres du Mont Saint-Helens le 4 octobre 2004 

 

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vue aérienne le 5 octobre 2004

  • Le 6 octobre, on repasse à une alerte "orange", de niveau 2, car la sismicité et l'émission de fumerolles ont diminué, reflétant sans doute un ralentissement des mouvements du magma.

  • Les volcanologues assistent ensuite à la construction rapide d'un nouveau dôme à côté de l’ancien. Ce dôme enfle à la vitesse de 4 à 5 m3 par seconde entre octobre et décembre. A la mi-décembre, il atteint presque les 300 mètres au-dessus du plancher du cratère et a déjà dépassé son voisin, fruit de la précédente éruption de 1980. 

La zone plus sombre dans le cratère est le nouveau dôme formé depuis octobre.

 

16 décembre. On peut lire dans Sciences et Avenir que les volcanologues se creusent la tête. Le mont Saint-Helens est un volcan hautement surveillé, les volcanologues américains disposent de très nombreuses données mais ont du mal à les interpréter, ils s’interrogent sur l’avenir du dôme en cours de construction. S’il continue à croître au même rythme il pourrait devenir trop fragile et s’effondrer, cet effondrement pourrait provoquer un nuage de poussière de plusieurs milliers de mètres de hauteur – un danger pour les avions - et faire fondre la glace et la neige (un barrage a été construit après l’éruption de 1980 pour protéger la vallée).

 

En savoir plus

 

Description de l'éruption de 1980 + de l'éruption de 2004 

Les derniers séismes (site américain)

Caméra pour voir le Mont Saint-Helens en direct (site américain)

Liste de liens sur le Mont Saint-Helens (site américain)

Page d'images 2004 (commentaires en américain)

Carte des volcans de la chaîne des Cascades