Les maladies transmises de l'animal à l'homme :

La rage

La rage est une Maladie Légalement Réputée Contagieuse, soumise à une déclaration obligatoire à la Mairie et aux Services Vétérinaires. C'est une maladie mortelle : d'après l'OMS, entre 35.000 et 50.000 personnes meurent chaque année de la rage dans le monde, c'est la dixième des maladies infectieuses mortelles, plus de personnes meurent de la dengue, la poliomyélite, la méningite méningoccique ou l'encéphalite japonaise. 

 

La France métropolitaine est déclarée indemne de rage sylvatique (transmise par les animaux carnassiers tels le renard et le chien), aucun décès humain n'est à déplorer depuis 1924.

Mais la rage continue de circuler parmi les chauve-souris... et en août - septembre 2004, les médias en ont beaucoup parler, des hommes et des animaux risquaient d'avoir contracté la rage à cause d'un chiot illégalement importé.

 

La rage animale est présente sur tous les continents sauf l'Australie, dans tous les pays du monde sauf Barheïn, Caraïbes (sauf Cuba et Haïti), Chypre, Danemark, Espagne, Finlande, France, Gibraltar, Grèce, Indonésie (Bali), Irlande, Islande, Japon, Koweit, Malte, Ile Maurice, Norvège, Nouvelle-Zélande, Iles du Pacifique, Papouasie, Nouvelle Guinée, Portugal, Royaume Uni, Seychelles, Suède, Réunion, Taïwan.

La rage est endémique, c'est à dire qu'elle sévit régulièrement dans certaines régions d'Europe. Elle peut parfois atteindre le stade épidémique.

 

Un peu d'histoire...

 

Le mot rage trouve son origine  dans la langue sanskrite, 3000 ans avant Jésus Christ : " Rabhas " signifie " faire violence ".

 

La maladie est décrite pour la première fois dans le code Eshuma à Babylone, au 23ème siècle avant Jésus Christ ; elle sera ensuite décrite par Hippocrate, Démocrite et Aristote dans l'antiquité, puis par Girolamo FRACASTRO en 1530. A cette époque, on a déjà fait le lien, grâce à CELSIUS, entre la rage humaine et la rage due aux morsures d'animaux comme le chien.

 

XIXème siècle. La rage canine (= du chien) et la rage lupine (= du loup) sévissent, créant une véritable phobie parmi les hommes : un humain mordu par un chien ou un loup se suicidait ou était tué par ses pairs.

En 1810, dans une petite ville de Meuse, un loup enragé mordit 40 personnes qui moururent toutes.

Duboue, qui avait compris qu'un micro-organisme chemine par voie nerveuse depuis le lieu de la morsure jusqu'au cerveau, avait reproduit la maladie chez le lapin en inoculant le virus dans le cerveau.

Louis Pasteur fut admiré de tous le 6 juillet 1885, quand il soigna Joseph Meister, jeune berger mordu par un chien enragé.

 

La dernière épidémie de rage (et le dernier humain mort de rage en France) remonte à 1924 en Côte d'Or. 

La maladie est remarquée en 1920 au Pôle Nord où elle touche les chiens de traîneau, sous une forme un peu différente du fait du climat ; cette forme sylvatique passe au renard polaire puis, se dirigeant vers le sud, au renard roux.
En 1935, la rage est en Pologne, en 1939 dans la région de l'Oder-Neiss, en 1951 en Allemagne de l'est, en 1955 en république fédérale allemande et franchit le Rhin en 1959. La Hollande est touchée en 1962 ; en 1967, c'est le Danemark du nord, la Belgique, le Luxembourg, la Suisse, l'Autriche du Sud puis la France en 1968.

Le 28 mars 1968 à Montenach, petit village de la Moselle proche de la frontière allemande, un renard enragé est tué. Cette même année, d'autres seront abattus ou trouvés morts en Moselle et dans les Ardennes. En 1969, la rage gagne la Meuse et la Meurthe et Moselle. De 200 cas de rage cette année là, on passera à 300 en 1970, 542 en 1971, 746 en 1972, 1719 en 1975. La rage se propage lentement du nord-est vers le sud-ouest : depuis 1968, elle aura avancé de 30 à 40 km par an, surtout en septembre/octobre, moment où les jeunes quittent leur famille et, devant conquérir un territoire, n'hésitent pas à se battre avec leurs congénères.

S'il n'y a plus de rage en France, c'est que des campagnes de vaccination des renards ont été menées.

 

Le virus responsable de la rage

 

Le virus responsable appartient à la famille des Rhabdovirus (rhabdo : baguette) et au genre Lyssavirus (lyssa de la racine lud : violent). 

 

Le virus de la rage

observé au microscope électronique à transmission

  

Le virus de la rage peut avoir trois formes : une forme allongée en obus, une forme ronde, une forme filamenteuse. Il mesure en moyenne 75 nm de diamètre pour une longueur variant de 130 à 300 nm. Il est constitué :

  • d'une enveloppe semblable à la membrane cellulaire (double couche phospholipidique qui se constitue à partir du réticulum endoplasmique ou à partir de la membrane plasmique) hérissée d'épines de 9 nm de long appelées spicules

  • de matériel génétique : un acide ribonucléique (ARN) simple brin enroulé en spirale

  • de 5 protéines.

C'est un virus fragile, il ne peut survivre que très peu de temps à l'extérieur de l'hôte et est détruit par :

  • la chaleur (15 min à 50°C),

  • la lumière,

  • les UV

  • la dessiccation lente (partiellement).

Il est inactivé par :

  • l'éther,

  • le chloroforme,

  • l'eau de Javel,

  • les solutions savonneuses,

  • le formol.

Il est par contre résistant à la putréfaction et peut-être conservé par le froid, la lyophilisation et la glycérine à 50%.

 

Les animaux qui peuvent transmettre la rage

 

Tout animal à sang chaud peut contracter la rage :

  • Le principal vecteur et réservoir dans le monde est le chien. Comme d'autres animaux domestiques, il peut être contaminé par un animal sauvage et contaminer à son tour un humain. A Bangkok par exemple, on estime qu'un chien errant sur 10 est infecté…

  • Viennent ensuite le chat, le renard roux (en Europe Occidentale et Centrale, dans l'Ontario), le renard polaire (au Groënland), le chacal, la mouffette (aux Etats-Unis et au Canada), le raton-laveur, la mangouste (aux Caraïbes et en Afrique Australe), le singe. Il est facile de comprendre pourquoi la rage est si facilement proliférée par le renard : depuis que ses superprédateurs ont été décimés par l'homme et que ses concurrents directs (petits carnivores, rapaces) subissent le même sort sous prétexte de protection des élevages et du gibier, du remembrement, de la disparition des haies et des marais, le renard se trouve en situation privilégiée, la rage et l'homme sont ses seuls ennemis réels…Le renard devient alors le véritable vecteur de la rage et peut la transmettre aux animaux sauvages comme domestiques mais très rarement directement à l'homme.

  • Les chiroptères (chauve-souris) sont des réservoirs pour la rage : la rage des chauve-souris concerne tout le territoire français. En Amérique Centrale et du Sud, sauf au Chili, la chauve-souris hématophage ou " vampire " (Desmodus rotundus) est très souvent à l'origine de la maladie, mais ailleurs, les chauves- souris sont insectivores ou frugivores, donc le risque qu'elles contaminent un être humain est très limité !

 

Comment peut-on être contaminé ?

 

Le virus est retrouvé dans les tissus des animaux enragés (système nerveux, sang, glandes salivaires, surrénales…), dans la salive (sa concentration y augmente avec le temps). Le lait, l'urine, la sueur, les larmes, le mucus nasal, les fèces semblent avoir un rôle minime dans la transmission.

 

La transmission de la maladie se fait par introduction du virus contenu dans la salive (ou le sang) d'un animal atteint de la rage :

  • morsure, 

  • contact direct avec la peau lésée d'un animal,

  • griffures et léchages,

  • blessure par un objet souillé, l'inhalation ou l'ingestion (surtout chez l'animal), 

  • transmission dans l'utérus à un foetus (chez le chien, le cobaye, la lapin, la souris).

Le virus ne traverse pas la peau saine mais traverse les muqueuses saines.

 

La manipulation d'animaux morts peut être contaminante, car le virus garde sa virulence dans le cadavre pendant un certain temps.

 

Les symptômes de la rage

 

Après morsure, le virus pénètre dans les cellules musculaires proches où il se multiplie activement.

Pour pouvoir pénétrer dans des cellules et s'y multiplier, les virus doivent se fixer sur la membrane des neurones grâce à des récepteurs précis existant sur cette membrane : dans le cas du virus de la rage, son récepteur est le récepteur nicotinique à l'acétylcholine.

Le virus gagne les centres nerveux en cheminant le long des axones ou dendrites des nerfs périphériques. Cela peut prendre plusieurs semaines pendant lesquelles la personne ou l'animal contaminée ne sent absolument rien : ce temps correspond à la période d'incubation. 

Une fois dans un centre nerveux, le virus se multiplie à nouveau, détruisant les cellules nerveuses. Il reprend alors le chemin inverse (septinévrite), gagne les ganglions sous-muqueux de la langue et les canaux salivaires : à partir de là, son rejet à l'extérieur avec la salive assure sa dissémination. Il se répand également dans tout l'organisme (poumons, reins, pancréas…).

Une fois les symptômes apparus, l'évolution de la maladie se fait inexorablement vers la mort. 

 

Chez l'homme

Le temps d'incubation dépend de la dose de virus inoculée, de la localisation et de la gravité de la plaie : il varie de 5 jours à plusieurs années et est d'autant plus court que la plaie est proche du système nerveux ou d'une zone où il y a de nombreux nerfs.

Les symptômes apparaissent en moyenne 20 à 60 jours après l'exposition. 

  • D'abord, ce sont des symptômes pseudo-grippaux : fièvre, fatigue, céphalées, sensations de malaise ainsi que des troubles locaux (irritation, prurit autour de la plaie qui reste douloureuse même après guérison). 

  • Survient alors la phase aiguë de la maladie : le patient devient anxieux, confus, angoissé, sensible à la lumière et au bruit, souffre d'insomnie, d'agitation, d'hallucination et d'hyperactivité (en cas de rage furieuse) ou de paralysie (en cas de rage muette). Lors de l'ingestion d'un liquide ou à sa simple vue, la salivation et des spasmes musculaires à la déglutition se déclenchent, pouvant causer une véritable hydrophobie.

  • Deux à dix jours plus tard, complètement paralysé, le malade sombre dans le coma et, sans soins intensifs, meurt quelques jours plus tard par paralysie des muscles respiratoires.

Quatre cas de survie après une maladie déclarée ont été rapportés : les patients, qui avaient été vaccinés, ont gardé de très lourdes séquelles physiques et psychiques.

 

Chez le renard

L'incubation dure de 20 jours à plusieurs mois pendant lesquels l'animal ne présente aucun symptôme. Le virus envahit alors le cerveau puis passe dans la salive : à cette étape, bien que pouvant théoriquement transmettre la maladie, le renard ne cherche encore pas à mordre.

La maladie se déclare entre le 26ème et 30ème jour : le renard, qui a perdu toute crainte de l'homme, se rapproche des maisons cherchant à mordre tous ceux qu'il rencontre.

Peu de temps après, il meurt d'encéphalite et de paralysie.

On dit souvent qu'il ne faut pas consommer les fraises des bois à cause du risque de rage mais il faut savoir que, même si la salive du renard enragé va sur une plante comestible par l'homme, cela ne présente pratiquement aucun risque : le virus craint fortement l'air, la lumière et la chaleur du soleil et qu'il lui faut une véritable voie d'accès pour atteindre un nerf. C'est d'autres maladies qu'on risque de contracter, comme l'échinococcose.

 

Chez le chien

L'incubation dure 2 semaines à 3 mois voire un an. Les premiers signes sont un changement de comportement : l'agressif devient doux et vice-versa. Inquiet, le chien refuse sa nourriture habituelle et se met à chasser des mouches invisibles.

La maladie se déclare au bout de deux jours et peut prendre deux formes différentes.

  • Dans la forme furieuse, l'animal cherche à mordre tout ce qu'il trouve à sa portée, s'épuise puis se calme et bave en permanence. Sa voix est rauque, bitonale. Il se paralyse progressivement et meurt en 2 à 10 jours.

  • Dans la forme paralytique ou muette, il n'aboie pas, ne se nourrit plus, reste bouche ouverte et langue pendante, secoue fréquemment la tête et cherche à mordre dès qu'on l'approche. La mort survient en 5 à 8 jours après une paralysie progressive.

Chez le chat

Le chat recherche l'obscurité et émet des miaulements plaintifs. Il se paralyse très vite et meurt en 3 à 4 jours.

 

Chez les bovins 

L'incubation dure environ 2 mois. L'animal émet fréquemment des meuglements rauques et impressionnants et devient très excité attaquant même ceux qui l'approchent. Sa déglutition devient très difficile, il se paralyse et meurt en 3 à 6 jours.

 

Chez le rongeur

L'incubation très longue est suivie d'une phase pendant laquelle l'animal présente des troubles nerveux :

  • psychiques (appétit exagéré ou anorexie, comportement inquiet, violent, excitable ou somnolence, crises d'agressivité et de fureur), 

  • moteurs (hyperexcitabilité puis paralysie), 

  • neurovégétatifs (constipation par exemple).

La mort survient très rapidement.

 

Le diagnostic de la rage

 

Le diagnostic peut être réalisé à la phase de rage déclarée par des laboratoires spécialisés à partir de prélèvements salivaires, d'une ponction lombaire, de biopsies. Le diagnostic peut être confirmé à l'autopsie (chez l'homme et chez l'animal).

 

Selon les circonstances, les conduites à tenir sont différentes :

Animal non disponible -> Traitement antirabique mené jusqu'à son terme (Envers le blessé)

Animal disponible mort -> Acheminer par la direction des services vétérinaires l'encéphale de l'animal dans un laboratoire agréé pour analyse et Envers le blessé Traitement antirabique à interrompre si analyse négative

Animal vivant non suspect -> Mise sous surveillance vétérinaire de l'animal, Examens à J0, J7, J14 et Envers le blessé Décision de traitement différé

Animal vivant suspect -> Mise sous surveillance vétérinaire de l'animal, Examens à J0, J7, J14 et Envers le blessé Traitement antirabique immédiat (interrompu si la surveillance vétérinaire infirme les doutes initiaux).

La présence du virus ne peut être détectée par analyse de sang classique. Il est donc primordial d'effectuer des prélèvements et de les soumettre à analyses. Le diagnostic est effectué par un vétérinaire dans les plus grandes précautions (blouse de laboratoire s'attachant dans le dos et serrée aux poignets, gants Kevlar résistants aux morsures, écran facial ou masque muni d'un filtre HEPA) : il est capital pour la santé publique. Il permet d'identifier le virus dans les tissus infectés mais également de surveiller la population canine et la faune sauvage. En France, pour les animaux suspects de contamination humaine abattus ou décédés pendant la période de mise sous surveillance vétérinaire, les prélèvements sont adressés par les directions départementales des services vétérinaires ou par les écoles nationales vétérinaires aux services compétents à des fins d'analyse. Il en est de même pour les prélèvements humains de malades présentant des signes évoquant une encéphalite virale sans étiologie précise recueillis par les services de maladies infectieuses, de neurologie ou de réanimation.

Trois techniques différentes sont utilisées pour analyser les prélèvements :

-l'immunofluorescence directe sur des calques cornéens ou de tissus nerveux, frottis de muqueuse linguale ou de biopsies cutanées avec recherche des antigènes viraux

- isolement du virus sur culture de neuroblastomes de chauves-souris

- recherche immuno-enzymatique d'antigènes rabiques

Sur l'homme vivant, les techniques utilisées sont :

-la mise en évidence de l'ARN viral par RT-PCR (Reverse Transcriptase-Polymerase chain reaction) à partir de la salive et du liquide céphalorachidien du patient

- la recherche d'inclusions virales au niveau d'une biopsie cutanée

- la recherche d'anticorps rabiques dans le sérum et le liquide céphalorachidien par technique de séroneutralisation cellulaire (seule technique de référence) et méthode ELISA.

Les techniques actuelles permettent un diagnostic de certitude en moins de 48 heures.

Le CNRR, (Centre National de Référence pour la Rage) situé à l'Institut Pasteur à Paris analyse depuis 1968 (date de la réintroduction de la rage en France), la plupart des prélèvements d'animaux suspects de contamination humaine. Depuis 1997, le diagnostic de la rage sur ces animaux est effectué en France dans 2 laboratoires : l'Institut d'Hygiène à la Faculté de Médecine de Strasbourg (se limitant aux prélèvements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin) et le CNRR.
Le CNRR reçoit aussi des prélèvements humains de malades présentant des signes neurologiques et biologiques évoquant une encéphalite rabique. Si un cas de rage est diagnostiqué chez l'homme, il doit être confirmé à la Direction Générale de la Santé et à l'Institut de Veille Sanitaire.
Les recherches fondamentales ont pour objet d'étudier la fonction des composants du virus dans sa multiplication ainsi que ses interactions avec les neurones ou le système immunitaire : il a ainsi été mis en évidence une interaction très forte entre une protéine du complexe transcriptionnel et une protéine motrice du cytosquelette : la dynéine. Les recherches appliquées sont axées sur l'obtention de vaccins à moindre coût pour les pays en voie de développement où sévit essentiellement la maladie : sont alors en cours la production d'un vaccin à base d'ADN (qui s'est montré très efficace chez le chien) et l'induction d'une protection vaccinale étendue à l'ensemble des lyssavirus par le biais de protéines chimères. L'analyse génétique des isolats de lyssavirus peut permettre de déterminer pour chacun son origine géographique et l'espèce animale à laquelle il est préférentiellement adapté. Les résultats sont alors pris en compte pour faire le choix de la méthode appropriée de prophylaxie sanitaire et médicale. Une banque d'isolats rabiques du monde entier permet de caractériser de nouveaux isolats : les souches de virus rabique de référence et de sérums de référence sont ainsi à la disposition des laboratoires spécialisés dans le monde. C'est le CNRR qui centralise toutes les analyses et assure le typage des souches de virus rabique et de lyssavirus d'origines diverses provenant de France ou d'autres pays du monde.
Les résultats, qui font l'objet d'un rapport adressé à la Direction Générale de la Santé, sont publiés tous les ans dans le bulletin annuel " Epidémiologie et Prophylaxie de la Rage Humaine en France .

 

Le traitement de la rage

 

Il n'y a pas de traitement curatif de la rage, une fois celle-ci déclarée. Il existe par contre un traitement après exposition au risque rabique qui consiste en une vaccination et qui fait apparaître une protection avant que la maladie ne se déclare. Dans certains cas, on associera un traitement par des immunoglobulines spécifiques. Ce traitement séro-vaccinal sera réalisé dans les centres antirabiques.

 

Traitement pré-exposition : vaccination préventive Chez l'homme, la prévention passe par la vaccination.
Préparés jadis à partir de moelle de lapins inoculés par le virus de la rage puis inactivée par dessiccation, la vaccination telle que celle pratiquée par PASTEUR sera d'actualité jusqu'en 1952, bien que présentant des effets secondaires. Les vaccins seront par la suite améliorés afin d'être plus efficaces et mieux tolérés.
Actuellement, la plupart des vaccins utilisés dans le monde sont produits sur encéphale d'animaux adultes ou nouveaux-nés : ils sont maintenant remplacés par des vaccins produits sur cultures de cellules ou œufs embryonnés, plus immunogènes, mieux tolérés et ne présentant plus de risques d'accidents neuro-immunologiques. Le vaccin assure l'immunité contre la rage si on l'administre avant l'exposition (prophylaxie pré-exposition) ou après avoir été exposé (prophylaxie post-exposition) : plus de 6,5 millions de traitements sont ainsi pratiqués chaque année dans le monde, dont plus de 90% en Asie. La vaccination s'avère indispensable chez les voyageurs (après évaluation des risques encourus) et chez les personnes professionnellement en contact avec des animaux vivants ou morts : personnels de laboratoire et de recherche travaillant sur le virus, vétérinaires, animaliers, gardes-forestiers, taxidermistes, personnel des fourrières animales ou de sociétés protectrices d'animaux… La vaccination, généralement par voie intra-musculaire profonde dans le deltoïde, peut se faire en 5 injections (JO, J3, J7, J14 et J28) ou 4 injections : 2 en 2 points à J0, 1 à J7, 1 à J21. La vaccination post-exposition d'une personne non vaccinée est constituée de 5 doses plus une dose d'immunoglobuline rabique (IGR) d'origine équine ou humaine lentement infiltrée au niveau de la plaie pour l'essentiel de la dose, le reste par voie intra-musculaire profonde de façon contro-latérale. Les vaccins oraux ont permis l'éradication de la rage sauvage en Europe. Atténuée, la souche perd son neurotropisme et devient capable d'infecter les lymphocytes des amygdales et des ganglions cervicaux, d'induire la formation de corps apoptotiques ( puissants immunogènes) et d'accélérer la libération de nouvelles particules virales vaccinantes et de nucléocapsides aux propriétés de superantigènes et d'adjuvants puissants de vaccinations.

Traitement post-exposition : vaccination curative Le traitement de la rage est efficace s'il est commencé rapidement. Si on pense avoir été contaminé : laver la plaie ou la zone contaminée (zone de léchage, écorchure, morsure, griffure, de dépôt de salive) à l'eau savonneuse et rincer abondamment ; désinfecter la plaie à l'éther, alcool, chloroforme, solution iodée sous forme de teinture ou de solution aqueuse ou eau de Javel diluée au 1/10ème (contact de 15 minutes) : on évitera de la suturer immédiatement ; se rendre au centre de consultation antirabique le plus proche qui procèdera :

- à un rappel de vaccin antitétanique (la salive des animaux peut en effet contenir le bacille tétanique) - à une nouvelle désinfection de la peau - à une injection immédiate de sérum antirabique (assurant une protection immédiate mais de courte durée) suivie, quelques heures après, d'une première injection de vaccin antirabique en cas de blessures importantes des doigts, des pieds, de la face.

Parallèlement, il faut capturer l'animal que le vétérinaire examinera. Si l'animal est vivant, il sera placé sous surveillance vétérinaire. S'il est mort, sa tête sera envoyée à l'Institut Pasteur pour établir le diagnostic de la rage.

 

La prévention de la rage = Prophylaxie

 

La lutte contre la rage animale s'effectue avec succès depuis plusieurs années (vaccination orale des renards par des appâts et vaccination des animaux domestiques). Il est recommandé de ne pas s'approcher ni de capturer des chauve-souris, qui sont par ailleurs une espèce protégée. La vaccination préventive chez l'homme est préconisée pour certaines catégories professionnelles (vétérinaires, gardes-chasses, équarrisseurs...). Elle est également recommandée chez le voyageur se rendant en zone d'endémie. Elle peut être réalisée par tout médecin.

 

Les opérations de lutte contre la rage passaient par l'élimination des renards. Actuellement, les campagnes de destruction par gazage des terriers sont remplacées par des campagnes de vaccination par voie orale (largage par hélicoptères d'appâts contenant le vaccin). Des essais de vaccination de renardeaux capturés au terrier avaient été réalisés dans une réserve naturelle d'Allemagne et dans le canton de Genève. Ce type d'intervention étant très coûteux, c'est en 1978, lors de l'arrivée de la vague de rage vulpine, que l'on reprit la campagne de vaccination orale dans le canton de Valais.

 

la rage humaine C'est le 6 juillet 1885 que les Docteurs GRANCHER et VULPIAN appliquèrent chez l'homme, sous la direction de Louis PASTEUR, le premier traitement antirabique après exposition, c'est à dire après la morsure.
Si aucun traitement de rage déclarée n'existe, on procède à la vaccination associée parfois à la sérothérapie après exposition. Quant à la vaccination avant exposition, elle est indiquée pour les personnes à risque : personnels de laboratoires, vétérinaires, professions en contact avec les animaux, voyageurs en zones d'endozootie rabique.

la rage canine Pour lutter contre la rage canine, on procède à la vaccination préventive des chiens domestiques et à l'élimination des chiens errants. On utilise actuellement des vaccins antirabiques administrés par voie orale.

la rage de la faune sauvage Protégés dans les pays industrialisés, inaccessibles dans les autres pays, l'élimination des animaux sauvages vecteurs ou réservoirs, est difficile. La première circulaire d'encouragement aux destructions des " nuisibles " date de 1954 mais c'est fin 1968 que vont commencer les grandes campagnes d'extermination. Le renard en fera alors largement les frais… On attire le renard par des charniers (fosses peu profondes contenant des viandes pourrissantes et recouvertes de terre, de rondins) auprès desquels on disperse des " gobes ", morceaux de viande contenant de la strychnine. Ces gobes tueront de nombreux autres animaux : blaireaux, putois, chats sauvages, fouines, belettes, hermines, martres. Avec les poussins de un jour bourrés de strychnine disséminés un peu partout en janvier 1969, en Meurthe et Moselle, il faudra rajouter à la liste des victimes de nombreux rapaces comme les buses, milans royaux , hiboux moyens ducs. Les gobes connaîtront des variantes avec les cubes de Maroilles (toujours fourrés à la strychnine). On gaze l'animal à l'aide de la chloropicrine (gaz de combat testé dans les tranchées pendant la guerre de 14-18) dont on imbibe un chiffon ficelé au bout de la longue perche introduite dans le terrier. C'est la mort en quelques minutes ou peu après si l'animal tente, pour éviter l'asphyxie, de sortir de son terrier où les fusils l'attendent. Beaucoup de blaireaux feront les frais de ces opérations de gazage. En 1975, l'acide cyanhydrique sous forme de Zyklon B sera utilisé. Rajoutons à cela les pièges et le fait que toute capture est primée jusqu'à 40 F la queue. Pour les renards, la grande campagne de destruction massive (deux millions sont tués entre 1968 et 1991) sera sans effet ! Par contre, la campagne de vaccination orale menée depuis quelques années semble être efficace en Europe de l'ouest. Pour la vaccination animale, on utilise un virus atténué qui a perdu son neurotropisme et devient capable d'infecter les lymphocytes des amygdales et des ganglions cervicaux, d'induire la formation de corps apoptotiques (puissants immunogènes) et d'accélérer la libération de nouvelles particules virales vaccinantes et de nucléocapsides aux propriétés de superantigènes et d'adjuvants puissants de vaccinations. Pour la vaccination par hélicoptère, on utilise un virus de vaccine recombinant exprimant les antigènes vaccinants du virus utilisé, incorporé dans des têtes de poulets.

Des résultats probants :

1968 : 2227 Cas de rage diagnostiqués ; 1969 : 4212 ; 1989 : 4212 ; 1991: 2165 ; 1994 : 99 ; 1996 : 17 ; 1997 : 0 ; 1998 : 0 ou 1 (dernier cas vacciné) ; 1999 : 0.

Les vaccins oraux ont donc permis l'éradication de la rage sauvage en Europe : au 10 mai 2001, la France est de nouveau considérée comme pays indemne de la rage. Si l'épizootie vulpine a disparu, elle laisse cependant la place à la rage des chauves-souris insectivores et même, de façon asymptomatique, des chauves-souris frugivores. Quant aux chauves-souris hématophages d'Amérique Latine, responsables de pertes importantes dans le cheptel bovin, les produits vampiricides sont actuellement la seule solution. La rage touche également une importante variété de rongeurs sauvages ou domestiques, sauf ceux provenant d'élevages contrôlés. D'autre part, l'importation d'animaux enragés infectés par des lyssavirus différents de celui de la rage pose de sérieux problèmes car les vaccins antirabiques sont peu ou ne sont pas efficaces contre eux.

 

Quelques conseils… Si on vit dans une zone infectée, il est très facile d'éviter tout risque de contamination en suivant ces quelques conseils : ne pas toucher, ne pas essayer de soigner un animal domestique dont le comportement a brutalement changé, qui présente des troubles de la locomotion, de la déglutition ou qui s'est battu avec un animal sauvage : appeler d'urgence le vétérinaire ; ne pas caresser, toucher un animal errant ; ne pas manipuler un animal trouvé mort : dans un cadavre, protégé de la lumière et de la chaleur du soleil, le virus peut continuer à vivre plusieurs jours…

 

La législation

 

Décret n° 96-596 du 27 juin 1996 (JORF du 03/07/96) relatif à la lutte contre la rage 

Arrêté du 30 avril 2001 abrogeant l'arrêté du 22 avril 1998 fixant la liste des départements déclarés atteints par la rage et celui du 22 juillet 1999 modifiant la liste des départements déclarés atteints par la rage. 

Article L.223-13 du code rural : maintien de la vaccination antirabique obligatoire des carnivores domestiques dans la département de la Moselle

 

Pour en savoir plus

 

Entente interdépartementale de lutte contre la rage

sante-mayenne

webpublic.ac-dijon

pasteur.fr
cnrs.fr
sv-fr.com
cnrr.fr

Page sur la rage d'un site santé du Canada

Page sur la rage de l'OMS

Liste des plus récents taux d'incidence de la rage dans le monde