Les maladies transmises de l'animal à l'homme

La toxoplasmose

 

Définition

La toxoplasmose est une maladie parasitaire due à un protozoaire intracellulaire : le Toxoplasma gondii. L'hôte définitif de ce parasite est un félidé (en général le chat) et les hôtes intermédiaires sont des animaux, herbivores et carnivores + l'homme.

La toxoplasmose est une maladie sans gravité lorsqu'elle est contractée en dehors d'une grossesse. Mais en cas de grossesse, les protozoaires traversent le placenta et infestent le foetus. On parle alors de toxoplasmose congénitale ; la contamination précoce du foetus se traduit par sa mort in utéro ou par des malformations diverses, la contamination tardive se traduit par des signes cliniques qui sont en principe d'autant plus marqués que l'infection de la mère est survenue à une époque plus avancée de la grossesse.

Epidémiologie

La toxoplasmose est une zoonose cosmopolite. En France, sa séroprévalence diminue régulièrement depuis une trentaine d'années mais reste actuellement une des plus élevée au monde. Le nombre d'adultes immunisés serait de 50 à 70% en France, Allemagne et Bénélux, < 30% dans les pays scandinaves et les Iles Britanniques, 20 à 50% en Europe méridionale, 20 à 50% dans les régions humides d'Afrique, faible en Asie et Amérique.

Une enquête menée en 1995 par le Réseau National de Santé Publique évaluait la séroprévalence à 54 % parmi les femmes en fin de grossesse. La fréquence annuelle de la toxoplasmose congénitale est de 1 à 3 pour 1000 naissances soit 700 à 3000 cas par an.

Découverte

Le parasite responsable de la toxoplasmose a été découvert en 1908 à Tunis et à Sao Paulo.

  • A la suite d'une épidémie de laboratoire chez un rongeur, le Gondi, Charles Nicolle et L. Manceaux en 1908 à l'Institut Pasteur de Tunis isolèrent un protozoaire de forme arquée. Ils nommèrent donc le parasite Toxoplasma gondii. L'origine grecque du mot vient de toxon (arc) et plasma (forme). Cette découverte sera présentée le 26 octobre 1908 par Laveran, à l'Académie des Sciences de Paris.

  • A peu près au même moment, A. Splendore trouve ce parasite à la suite de la mort de lapins de laboratoire, à Sao Paulo. La publication de ces résultats se fera le 16 juillet 1908.

Le parasite

Toxoplasma gondii :

Règne des Protistes (Protozoaires) 

Embranchement des Apicomplexa (Sporozoaires) 

Classe des Coccidea 

Ordre des Eimariida 

Famille des Sarcocystidae 

 

Le parasite doit vivre dans des cellules d'un animal. On dit que l'animal est un hôte intermédiaire si le parasite n'y a pas de reproduction sexuée, et que l'animal est un hôte définitif si le parasite y a une reproduction sexuée.

 

Le toxoplasme libre a une forme d'arc avec une extrémité plus effilée, mesure 5-10 µm x 3-4 µm et est appelé tachyzoïte. Ce terme vient du grec tachus (rapide) pour évoquer la rapidité de sa division dans les cellules qui l'hébergent. Il peut se déplacer par des mouvements circulaires, ondulatoires ou par rotation. Il peut aussi changer de forme, ce qui a rendu son identification délicate dans les années 1900. Il ne peut vivre qu'à l'intérieur d'une cellule qu'il parasite. Il peut entrer dans la cellule de deux façons : en "attaquant" la membrane cellulaire (lyse) ou en se faisant "manger" (phagocytose) par les macrophages. Quand les cellules meurent, elles dégagent des tachyzoïtes lesquels vont s'attaquer à d'autres cellules. Le microbe va ainsi se propager à l'ensemble de l'organisme de l'hôte intermédiaire. Il est très fragile.

L'organisme réagit face au parasite. Deux ou trois semaines après son premier contact avec l'organisme, le parasite se divise plus lentement. Des kystes toxoplasmiques (zoïtokystes) se forment dans l'organisme (cerveau, oeil, muscles). Un kyste de 100 µm contient 2 à 3000 bradyzoïtes (parasite ne se divisant que très peu, du grec bradus-lent). Lors de conditions favorables, les bradyzoïtes se transforment en tachyzoïtes qui vont se déplacer et coloniser les cellules de l'hôte. Ces kystes sont très résistants au froid et aux agressions extérieures, ce qui leur permet de survivre et de se transformer quand ils trouvent un hôte accueillant.

 

Le chat s'infeste en mangeant des souris ou des oiseaux dans les tissus desquels le parasite forme des kystes bien tolérés mais pouvant contenir jusqu'à 3000 toxoplasmes. Au cours de la digestion, ils vont pénétrer dans les cellules de son intestin grêle et s'y multiplier. 

 

Le Toxoplasma gondii se reproduit par multiplication sexuée dans l'intestin grêle du chat : c'est pourquoi on dit que le chat est l'hôte définitif. On appelle oocyste le résultat de la reproduction sexuée chez le chat. Les oocystes (structure ovoïde mesurant 15 X 10 µm) sont disséminés dans l'environnement par les fécès du chat... 10 millions d'oocystes par jour pendant deux semaines. Les oocystes sont infestants au bout de quelques jours de maturation dans le milieu extérieur : après maturation sur le sol l'oocyste libère 2 sporocystes contenant 4 sporozoïtes. Le sporozoïte ressemble au tachyzoïte

Les oocystes émis par le chat dans les déjections sont très résistants au froid et subsistent des mois dans la nature. Ils peuvent contaminer des cours d'eau qui seront infestants. 

De nombreux animaux ainsi que l'homme peuvent se contaminer par ingestion d'oocystes. On parle de cycle court ou cycle direct si les oocystes sont ingérés par un chat, et de cycle long ou cycle indirect si les oocystes sont avalés par un hôte intermédiaire. 

Les herbivores (moutons, porcs, bovins) qui broutent au ras du sol souillé par des crottes de chat sont les animaux les plus atteints. En France, 72% des moutons / 80% des ovins et caprins adultes seraient parasité, ainsi que 28% des porcs et 4% des bovins. 

Comment la toxoplasmose est-elle transmise ?

  1. par l'alimentation (ingestion de kystes) : en mangeant de la viande qui n'est pas assez cuite, en buvant du lait non pasteurisé qui renferme le microbe Toxoplasma gondii, en touchant de la viande crue ou des animaux contaminés. Le microbe est alors en général transmis des mains à la bouche puis avalé. 
    Une étude réalisée dans des villes européennes indique qu'en Europe, la consommation de viande crue ou mal cuite et de produits de salaison serait à l'origine de 30 à 63 % des infections à Toxoplasma gondii durant la grossesse.
    Toutes les viandes de boucherie peuvent contenir des kystes. Ces kystes survivent plusieurs jours à température ambiante, plusieurs mois à +4°C. Pour les détruire, la viande doit être cuite 15 min à 56°C ou être congelée 24 heures à -20°C. 
    En France, avant l'utilisation généralisée de la viande congelée, plus de 80% des femmes étaient immunisées avant leur grossesse et seules, 5% des femmes non immunisées contractaient la maladie pendant la gestation. Actuellement, les méthodes modernes de conservation de la viande ont fait diminuer le taux d'infestation dans la population générale car la congélation tue le parasite. Les femmes enceintes non immunisées sont de ce fait de plus en plus nombreuses.

  2. par contact avec le chat (ingestion d'oocystes). En France, au moins 60 % des chats sont ou ont été infectés.
    Quand l'homme (ou tout autre animal à sang chaud : mammifère, oiseau) ingère des oocystes mûrs, les sporozoïtes se transforment en tachyzoïtes, ces tachyzoïtes infestent les macrophages : c'est la phase sanguine de dissémination ou septicémie.
    Face à la réponse immunitaire de l'hôte, le parasite s'enkyste dans des organes à faible réponse immunitaire : oeil, cerveau, muscle - l'hôte présente une toxoplasmose.

  3. par transfusion sanguine et par transplantation d'organe (plus rare)

  4. de la femme enceinte à son enfant par voie du placenta.  La fréquence de transmission materno-foetale est estimée globalement à 30 % des cas : en moyenne, sur 800000 grossesses annuelles, 2000 femmes ont une toxoplasmose et 700 foetus sont contaminés. 
    Il n'y a risque de passage transplacentaire que si la contamination de la mère survient en cours de grossesse (exceptions très rares de réactivation de kystes), car c'est pendant la phase septicémique de la maladie que les toxoplasmes peuvent coloniser le placenta et, à partir de là, peuvent contaminer l'enfant. La transmission au foetus s'effectue en moyenne 4 à 8 semaines après la colonisation du placenta.
    La période la plus dangereuse se situe entre la dixième et la vingt-quatrième semaine d'aménorrhée (d'arrêt des règles). 
    Le risque de contamination foetale est faible en début de grossesse (avant le 4ème mois), mais s'il y a passage transplacentaire la toxoplasmose congénitale sera grave
    Le risque de contamination foetale est plus important en fin de grossesse (il augmente du 4ème mois au 9ème mois), mais dans ce cas la toxoplasmose congénitale est souvent moins grave.

Symptômes

  1. L'infection aiguë. Les symptômes sont une grosse fatigue, de la fièvre, l'augmentation du volume des ganglions du cou et de la nuque (adénopathies) et des douleurs dans les muscles dans 20% des cas ; on peut penser à une mononucléose infectieuse ; le malade va guérir progressivement. Dans 80% des cas il s'agit d'une forme inapparente car le patient n'a pas de fièvre, mais seulement des ganglions du cou pendant une huitaine de jours, il ne s'en souviendra souvent pas.

  2. Les formes symptomatiques. Ces formes touchent les personnes immunodéprimées comme les sidéens. Le parasite va se reproduire dans le cerveau, les yeux, le coeur. La toxoplasmose peut être généralisée d'emblée à tous les organes.

  3. Les formes congénitales. Elles correspondent à l'infection du foetus durant la grossesse. Cela suppose que la mère a fait une toxoplasmose aiguë, ou une première infection qui ne sera pas visible en dehors du dépistage des anticorps. L'infection peut être grave et provoquer l'avortement, la mort du foetus ou une naissance prématurée. Si la grossesse arrive à terme, il existe après la naissance la possibilité qu'un kyste cause la cécité, des troubles cardiaques ou cérébraux voire la mort de l'enfant :

    • La toxoplasmose congénitale grave entraîne des calcifications intracrâniennes caractéristiques, un crâne augmenté de volume, une dilatation ventriculaire, des perturbations neurologiques (convulsions, hypotonie) et des anomalies oculaires graves ("choriorétinite toxoplasmique" sur la macula) pouvant rendre l'enfant quasiment aveugle. Les formes les plus graves entraînent la mort du foetus. 

    • La toxoplasmose viscérale, moins grave, atteint le foie et entraîne un ictère néo-natal associé parfois à des troubles hématologiques. 

    • La toxoplasmose congénitale moins sévère provoque des lésions oculaires immédiates ou survenant plus tardivement chez l'enfant. Ce décalage entre l'infection et la découverte d'une "choriorétinite toxoplasmique" est fréquent.

Diagnostic

La base du dépistage de la toxoplasmose chez la femme enceinte est la recherche d'anticorps spécifiques (IgG et IgM), car il est presque impossible de déceler le parasite. 

  • Les IgM apparaisent une semaine après la contamination, leur taux augmente pendant environ 1 à 2 mois, et sont détectables au maximum pendant 1 an.

  • Les IgA ont une évolution parallèle à celle des IgM mais sont détectables au maximum pendant 6 mois (il est exceptionnel de les détecter plus tard). Ils sont indétectables dans 6% de la population. 

  • Les IgE ont une évolution parallèle aux IgA, leur cinétique est très rapide pendant la phase évolutive de la maladie, on ne les détecte jamais dans les "immunités" anciennes. 

  • Pour les IgG, la cinétique est différente selon les antigènes qui les suscitent et donc les techniques utilisées ; les anticorps anti-antigènes membranaires (ou de surface) apparaissent 1 à 2 semaines après la contamination, leur maximum est enregistré vers 2 mois, on les observe jusqu'à 6 mois puis leur quantité diminue lentement ; les anticorps anti-antigènes solubles (ou cytoplasmiques) apparaissent 3 à 4 semaines après la contamination, leur maximum est atteint entre 3 et 6 mois puis décroissance lente. Les IgG subsisteront seuls, en faible quantité, lors de la persistance des kystes (détection de l'état d'"immunité").

Le dépistage sérologique est obligatoire lors de l'établissement du certificat prénuptial et au moment de la déclaration de grossesse. 

Une femme enceinte séronégative doit être surveillée jusqu'à la naissance de son enfant afin de ne pas méconnaître une possible séroconversion et faire alors une sérologie du sang maternel.

pour en savoir plus ; courbe montrant l'évolution des différentes classes d'anticorps 

Prophylaxie

Pour éviter toute contamination, il faut respecter certaines mesures :

  • Porter des gants avant de manipuler de la viande crue, des crudités ou lorsqu'on fait du jardinage. Dans le cas contraire, il faut se laver soigneusement les mains après. 

  • Eviter tout contact avec les chats sinon éliminer les féces du chat et changer sa litière avec des gants et à des intervalles réguliers inférieurs à 24 heures. Désinfecter les objets souillés par de l'eau bouillante pendant 5 minutes. On recommande aux femmes enceintes de se tenir à l'écart des chats et de leurs litières puisque plus de la moitié des chats sont ou ont été contaminés. 

  • Consommer toute viande bien cuite.

  • Eviter la consommation de crudités ou les laver soigneusement 

  • Eviter la consommation d'oeufs crus et de lait cru

Sources d'informations 

caducee/toxoplasmose

doctissimo/toxoplasmose

La toxoplasmose oculaire

Cours de parasitologie