Les moustiques

René Limoges
Insectarium de Montréal

Les femelles de moustiques peuvent nous piquer...

Seule la femelle absorbe du sang. Ce repas sanguin constitue la source de protéines nécessaire pour compléter la formation des œufs. 

La femelle à la recherche d'une source de sang est d'abord attirée par les mouvements, la forme et les couleurs de sa proie. Puis entre en jeu le dioxyde de carbone produit par la respiration de cette dernière. Diverses odeurs (sueur, ammoniaque) émanant d'un hôte potentiel ont aussi un pouvoir attractif, tout comme les radiations infrarouges (chaleur). Les gens nerveux ou qui bougent beaucoup ont une température corporelle plus élevée ; ils laissent échapper plus de dioxyde de carbone et transpirent davantage que les autres, ce qui stimule les insectes piqueurs. 

Une fois posée sur sa victime, la femelle la pique à l'aide de ses pièces buccales très spécialisées. Les mandibules et les maxilles ont la forme de lames ou de stylets à bord dentelé, et la musculature correspondante a été modifiée pour permettre de les enfoncer dans la peau. Les maxilles perforent l'épiderme et les mandibules servent à maintenir la trompe en place pour aspirer le sang. Des détecteurs chimiques placés à l'extrémité des pièces buccales leur permettent de localiser un capillaire sanguin. Mais avant d'aspirer le sang, au moment de faire pénétrer sa trompe sous la peau, la femelle injecte un peu de salive. Ce liquide contient un anticoagulant qui rend le sang plus liquide et en facilite le pompage. Le sang est aspiré par capillarité dans le canal qui se trouve le long de la trompe. Si la victime ne réagit pas, la femelle absorbe du sang jusqu'à ce qu'une partie de son système digestif soit distendue. Les parois abdominales des moustiques sont exceptionnellement extensibles. Ces insectes peuvent doubler et parfois même tripler leur poids avec un seul repas sanguin. Certains ont alors de la difficulté à décoller lorsqu'ils quittent leur victime ! 

Lorsqu'elles piquent, elles injectent leur suc salivaire qui contient des protéines allergènes, provoquant œdème et , selon la sensibilité de la personne, une irritation plus ou moins importante. L'élimination par nos cellules sanguines de l'anticoagulant et des toxines injectés par l'insecte se fait sentir. L'endroit de la piqûre commence à démanger presque avant que l'insecte ait terminé son repas. Cette réaction initiale se poursuit durant une demi-heure ou plus, et se calme avant de parfois revenir, plus forte, le lendemain. 

Des expériences avec des lapins et les observations personnelles de certains entomologistes laissent croire qu'il serait possible de développer une forme d'immunité à divers groupes d'insectes après avoir subi des centaines de piqûres. Dans de très rares cas, des personnes hypersensibles pourraient avoir des réactions plus violentes aux piqûres de moustiques. On n'a toutefois pas observé de réaction anaphylactique généralisée, comme il peut arriver avec des piqûres de guêpes ou d'abeilles. 

De nombreux moustiques transmettent en même temps des micro-organismes responsables de maladies telles que le paludisme, la fièvre jaune, la dengue et la filariose. 

Par contre, ils ne transmettent pas le VIH, virus responsable du SIDA, car les moustiques des régions tempérées piquent rarement plus d'une fois. Même dans les zones tropicales, il y a très peu de risques que le virus se trouve dans l'infime quantité de sang absorbée par l'insecte. En effet, le nombre de particules virales contenues dans le sang d'un sidéen est extrêmement faible par rapport à son volume total. Selon des évaluations très sérieuses, même en pays chaud, le risque qu'un moustique absorbe une seule particule virale d'une personne infectée par le VIH serait d'un sur 10 millions. D'autre part, le moustique fait subir un processus de digestion au sang qu'il absorbe et les études démontrent que le VIH ne résiste pas à ce traitement.

Plusieurs espèces de moustiques s'attaquent de préférence à certains groupes de vertébrés (mammifère, oiseau ou animal à sang froid, comme une grenouille ou une couleuvre), alors que d'autres sont moins sélectives. Les heures de chasse diffèrent aussi selon les espèces.

Les piqûres de moustiques affectent le bétail. Lorsque les insectes piqueurs sont abondants, on note des diminutions de la production laitière et de la production de viande dues à la baisse d'appétit et à la nervosité accrue des animaux.

Le mâle, qui se nourrit de nectar et d'eau, a des pièces buccales rudimentaires, elles sont moins rigides et ne peuvent percer la peau.

 

Lutte contre les moustiques

Les méthodes de lutte visent une réduction suffisante des populations pour contrer les infestations locales sur de courtes périodes.

L'utilisation de prédateurs se nourrissant des larves de moustiques s'est présentée comme une approche naturelle du problème. Des poissons larvivores furent parmi les premiers organismes employés pour lutter contre les insectes piqueurs. 

Pour chasser les moustiques adultes, on a pensé à divers oiseaux (hirondelles, engoulevents), à des chauves-souris insectivores, des grenouilles et des odonates (libellules). Cependant, ces animaux ne mangent pas suffisamment de représentants des espèces visées, préférant souvent se nourrir de proies plus grosses. Les chercheurs en sont arrivés à la conclusion que peu d'espèces peuvent réduire significativement le nombre de moustiques, au stade de larve ou d'adulte. 

On peut aussi utiliser des agents microbiens, en particulier la bactérie Bacillus thuringiensis israelensis ou B.t.i. Une protéine cristalline issue de ce microbe tue les larves de moustiques. Cette substance est d'autant plus intéressante qu'elle garde son efficacité même en eau froide. Les chercheurs étudient également divers virus, bactéries, champignons, moisissures et protozoaires parasites. 

Le nématode Romanomermis culicivorax, qui peut aussi s'attaquer aux larves, a déjà fait l'objet d'élevage et de commercialisation. 

Les chercheurs doivent cependant prendre garde à l'impact de ces larvicides sur l'environnement, incluant leurs effets sur la faune non ciblée (autres insectes, poissons, amphibiens, etc.). 

Les phéromones produites par les larves et qui servent d'indicateurs aux femelles pour les sites de ponte font également l'objet de recherches. L'utilisation de ces substances pour tromper les femelles en les attirant dans un piège permettrait d'éliminer les insectes avant la ponte et de briser le cycle de reproduction. 

Les appareils électriques s'avèrent peu efficaces pour tuer ou éloigner les moustiques. Les électrocuteurs comportent une source lumineuse émettant des rayons ultraviolets. Cette source est entourée d'un grillage sous tension qui électrocute les insectes qui s'en approchent. Plusieurs études ont démontré que ces appareils tuent très peu de moustiques, mais ils détruisent un grand nombre d'autres insectes. Les moustiques femelles, lorsqu'ils cherchent du sang, sont davantage attirés par les personnes que par la lumière… 

Les émetteurs d'ultrasons, quant à eux, génèrent des sons très aigus, inaudibles par les humains. Les ultrasons auraient pour but d'éloigner les moustiques. Des tests ont cependant révélé l'inefficacité flagrante de ces instruments, car les moustiques femelles sont insensibles à ce type de vibrations. On a même vu des moustiques se poser sans aucun inconvénient sur des appareils qui fonctionnent... 

Faute de pouvoir éviter tout contact désagréable avec les moustiques, chacun dispose de divers moyens pour limiter les nuisances causées par ces insectes. Eviter de sortir sans être vêtu de la tête aux pieds, prendre soin de couvrir poignets, chevilles et cou. Laisser de côté les vêtements foncés ainsi que les jeans et portez plutôt des vêtements amples de teintes claires, blancs ou kaki. Éviter les shampoings odorants, les parfums et les lotions après rasage. Au besoin, porter un filet moustiquaire sur la tête, du genre résille d'apiculteur. 

Pour protéger les parties du corps exposées, l'antimoustique le plus efficace sur le marché est le diéthyl-toluamide (DEET). Ce produit agirait en bloquant les récepteurs qui permettent aux insectes de déceler la présence chimique d'une proie. Il faut cependant prendre soin de l'utiliser selon les indications du fabricant car il peut irriter la peau de certaines personnes et endommager divers tissus synthétiques. Il dissout aussi certains plastiques et il faut éviter que le liquide n'entre en contact avec les montures de lunettes, verres et bracelets de montres, peignes, manches de couteaux de poche, etc. Une proportion de 30 % de DEET dans le produit suffit. Une concentration de 40 % semble d'ailleurs être le point de saturation maximale. Il n'est donc pas nécessaire de choisir les produits qui en contiennent davantage (jusqu'à 95 %). On trouve également dans le commerce des vêtements imprégnés de diéthyl-toluamide

Les lotions, crèmes et autres produits contenant de la citronnelle ou de la lavande sont plus appropriés que le DEET, notamment pour les jeunes enfants qui peuvent être sensibles à cette substance. L'huile de citronnelle semble avoir un véritable effet répulsif sur les moustiques. On cherchera des produits dont la concentration atteint 4 à 7 %.

Autour de la maison, prévenez les accumulations d'eau de pluie dans divers récipients : entretenez les gouttières, les bains d'oiseaux et les auges des animaux. Installez des nichoirs à hirondelles ; ces oiseaux insectivores se nourrissent entre autres de moustiques adultes.
Quand le mal est fait, on peut soulager la démangeaison en prenant un bain auquel on ajoute, au choix, une lotion à l'avoine, 250 ml de bicarbonate de soude ou des produits à base de calamine. On peut aussi appliquer directement sur les piqûres un morceau de glace ou du bicarbonate de soude mélangé à un peu d'eau froide. Des feuilles froissées de sarriette, de plantain et d'impatience du Cap pourraient faire diminuer l'irritation.

Origine des documents :

Encyclopédie Microsoft ® Encarta ® 2002.